Dès cet été, la task force va réduire drastiquement ses effectifs, selon les informations du site Heidi.news qui a réalisé de nombreux entretiens avec ses membres. Le rôle de cet organe consultatif, créé le 31 mars 2020 et comptant 70 membres répartis dans dix groupes de travail, a principalement été d’éclairer le Conseil fédéral dans sa gestion de la crise sanitaire.

Selon les témoignages récoltés, ce redimensionnement traduit plus la lassitude de ses membres, qui remplissent cette mission bénévolement, qu’une amélioration définitive de la situation sanitaire. Parfois jugés trop alarmistes, les scientifiques de la task force ont été la cible de nombreuses critiques. Les dernières en date concernent les alertes émises au mois d’avril, au moment des annonces d’assouplissements, sur une nouvelle vague d’infections qui, pour le moment, ne se vérifie pas dans les faits.

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Toutefois, comme le signale l’article d’Heidi.news, cette évolution ne signifie pas la disparition pure et simple de la task force. Certaines des activités opérationnelles qu’elle effectue à titre gracieux doivent être transférées à l’Office fédéral de la santé publique. Selon un des scientifiques interrogés, elle pourrait continuer à jouer un rôle de veille épidémiologique à l’automne pour prévenir d’éventuels rebonds.

Des départs multiples

Durant l’année écoulée, plusieurs membres ont quitté l’instance, notamment son premier président Matthias Egger. L’épidémiologiste, professeur à l’Institut de médecine sociale et préventive de l’Université de Berne, avait laissé son poste au mois de juillet après trois mois de présidence. Durant son mandat, il s’était élevé contre certaines décisions politiques, notamment le déconfinement après la première vague, qu’il jugeait trop rapide.

Martin Ackermann, professeur de microbiologie moléculaire à l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich, a pris sa suite. Une position qui lui vaut d’être visé par une plainte déposée par plusieurs associations pour avoir proféré des «menaces alarmant la population». Une initiative qui a peu de chances d’aboutir cependant.

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Pour ses détracteurs, la task force a bénéficié d’une liberté de ton trop importante. En mars, un amendement de la Commission de l’économie et des redevances du Conseil national exigeait que «le public soit informé des mesures prises par le Conseil fédéral dans le cadre de la lutte contre la pandémie de Covid-19 exclusivement par le Conseil fédéral et le parlement». Une manière indirecte de demander le silence de la task force.

Depuis le mois de janvier, quatre autres de ses membres ont rendu leur tablier, quelques-uns pointant du doigt les frictions entre avis scientifique et parole politique. La semaine dernière, une déclaration d’Alain Berset avait d'ailleurs provoqué l’irritation de certains scientifiques. «Je n’ai pas assez remis en question la science au début», a estimé ce dernier lors de l’émission Gredig direkt, sur les ondes du service public alémanique.

«De la reconnaissance avant tout»

Cette saillie du Conseiller fédéral socialiste est considérée particulièrement «injuste» par la Conseillère nationale Léonore Porchet (VD/Verts). «Nous devons avant tout avoir de la reconnaissance pour l'engagement de ces scientifiques durant la crise», dit-elle. Quant au redimensionnement du groupe, elle estime qu'il est nécessaire de faire preuve de «compréhension»: «C'est une charge bénévole très lourde, émaillée de nombreuses attaques directes».

Egalement parlementaire au sein de la chambre basse, Michaël Buffat (UDC/VD) voit les choses autrement: «Vu la situation qui va en s’améliorant et le comportement parfois un peu trop politique de ce groupe, cela ne me paraît absolument pas prématuré que la task force réduise la voilure, salue-t-il. C'est une bonne nouvelle. Je n’ai pas le moindre problème avec cette annonce, bien au contraire.»


Collaboration: Boris Busslinger