Elle est enfin là: après des années d’attente, la première image du télescope James Webb a été dévoilée lundi aux yeux du monde, un somptueux cliché montrant des galaxies formées peu après le Big Bang, il y a plus de 13 milliards d’années.

Cette première image scientifique et en couleur de James Webb marque un jour «historique», a salué le président Joe Biden lors de cet événement tenu à la Maison Blanche, six mois après le lancement en orbite de ce télescope spatial, le plus puissant jamais conçu.

Cette photographie est «l’image infrarouge la plus profonde et la plus claire jamais prise de l’Univers lointain jusqu’ici», a déclaré la Nasa. La lumière, après avoir parcouru un tel chemin, s’est étirée, passant du spectre visible à l’infrarouge, une longueur d’onde invisible pour des yeux humains, mais pas pour ceux de James Webb.

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Ce dernier a visé, pour ce cliché illustrant les temps lointains du cosmos, l’amas de galaxies SMACS 0723 qui, agissant comme une loupe, a également permis de faire apparaître des objets cosmiques très lointains situés derrière lui. Cet effet est appelé lentille gravitationnelle.

L’image, qui fourmille de détails, a été prise en un temps d’observation de 12,5 heures. Elle montre ainsi des milliers de galaxies, au cœur desquelles certaines structures «n’ont jamais été vues auparavant», selon la Nasa. Le travail de recherche débute donc tout juste. «Les chercheurs vont bientôt commencer à en apprendre plus sur les masses, âges, histoires et compositions» de ces galaxies, a ajouté l’agence spatiale.

Remonter le temps

Bijou d’ingénierie d’une valeur de 10 milliards de dollars, l’une des missions principales de James Webb est l’exploration des premiers âges de l’Univers. En astronomie, voir loin équivaut à remonter le temps, la lumière observée ayant voyagé durant des milliards d’années avant de nous parvenir.

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«Une nouvelle ère a commencé pour l’astronomie», a commenté auprès de l’AFP Jonathan Lunine, astronome à l’université Cornell, qualifiant l’image de «fantastique». «Même si ce n’est en aucun cas le plus loin que Webb puisse voir, (…) cela montre la puissance de ce remarquable télescope: une sensibilité énorme, une vaste gamme de longueurs d’ondes, et une vive clarté d’image», a-t-il ajouté.

Suite des images mardi

Bien que les noms des cinq premières cibles cosmiques de James Webb aient été annoncés dès la semaine dernière, les images avaient elles été jusqu’ici jalousement gardées secrètes, afin de créer le suspense.

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Les images suivantes de cette véritable pochette-surprise seront révélées lors d’un événement en ligne de la Nasa mardi matin. Elles doivent à la fois impressionner le grand public par leur beauté, mais aussi démontrer aux astronomes du monde entier toute la puissance des quatre instruments scientifiques embarqués.

Les experts vont pouvoir commencer à interpréter des données collectées à l’aide de logiciels dédiés, donnant le top départ d’une grande aventure scientifique.

Deux photos de nébuleuses sont au programme pour mardi: la nébuleuse de la Carène, et celle de l’anneau austral. Autre cible, le Quintette de Stephan, groupement de galaxies en interaction entre elles.

Autres mondes

Grâce à ses observations dans l’infrarouge proche et moyen, James Webb pourra voir à travers des nuages de poussière impénétrables pour son prédécesseur, le mythique télescope spatial Hubble. Lancé en 1990 et toujours en fonctionnement, celui-ci a bien une petite capacité infrarouge mais opère surtout dans la lumière visible et les ultraviolets.

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Autres grandes différences entre les deux télescopes: le miroir principal de James Webb est près de trois fois plus grand que celui de Hubble et il évolue bien plus loin: à 1,5 million de kilomètres de la Terre, contre 600 km pour Hubble.

La publication de ces premières images marque le début officiel du tout premier cycle d’observation scientifique du télescope. Plusieurs centaines de projets d’observation, proposés par des chercheurs du monde entier, ont déjà été retenus par un comité de spécialistes pour cette première année de fonctionnement.