Jusqu'ici, la détection de planètes en orbite autour d'autres étoiles que le Soleil relevait de l'artisanat scientifique. La NASA passe au stade industriel. Le 21 décembre, l'agence spatiale américaine a sélectionné le projet Kepler pour compléter son programme d'exploration planétaire Discovery. Grâce à un télescope spatial dont le lancement est prévu en 2006, cette mission va traquer les exoplanètes de façon systématique, comme aucun télescope terrestre ne pourra jamais le faire.

Le butin attendu risque d'ébranler notre vision du monde: selon les estimations des instigateurs du projet, la sonde Kepler pourrait détecter plus d'un millier de planètes géantes, ainsi qu'entre 50 et 600 planètes d'un diamètre comparable à celui de la Terre en orbite autour d'étoiles semblables au Soleil. Cette moisson multiplierait par cent le nombre d'exoplanètes géantes connues à ce jour. Depuis que les premières d'entre elles ont été détectées par l'équipe de l'astronome genevois Michel Mayor en 1995, les scientifiques en ont identifié environ 80.

Mais tous ces astres sont des planètes géantes, probablement gazeuses, du type de Jupiter. La sonde Kepler sera capable de détecter des planètes entre 30 et 60 fois plus petites, d'un diamètre comparable à la Terre. Elle pourrait ainsi apporter la première preuve qu'il existe, ailleurs dans notre galaxie, des planètes rocheuses de type terrestre susceptibles d'abriter des formes de vie.

La recherche de ces planètes «habitables» sera systématique. Pendant ses quatre ans de vol, libéré des perturbations optiques de l'atmosphère terrestre, le télescope surveillera en permanence 100 000 étoiles dans une région de la constellation du Cygne. La sonde suivra la Terre dans son orbite autour du Soleil, de sorte que cette portion du ciel ne sera cachée à aucun moment, ni par la Terre, ni par la Lune. Lorsqu'une planète viendra à passer devant l'une des étoiles observées, la luminosité de cette dernière connaîtra une baisse infime durant quelques heures. Les capteurs CCD de l'instrument, semblables à ceux qui équipent les caméras numériques, seront sensibles à ces variations. Si le phénomène se reproduit de façon régulière durant le vol de la sonde, il trahira la présence d'un astre gravitant autour de l'étoile. Les chercheurs pourront déterminer sa masse et les paramètres de son orbite. Le recensement réalisé par la sonde Kepler étant systématique, il permettra aux statisticiens d'évaluer le nombre de planètes «habitables» présentes autour de différents types d'étoiles.

Sommes-nous seuls? Une vie est-elle née ailleurs dans notre galaxie? La sonde Kepler devrait apporter des éléments de réponse à ces questions fondamentales, malgré un coût de développement inférieur à 300 millions de dollars. Pour obtenir le feu vert de la NASA, après dix-sept ans d'efforts, le concepteur du projet William Borucky a dû en effet démontrer que son télescope chasseur de planètes répondait aux critères de la maison en matière d'exploration planétaire: offrir le plus de connaissances possibles par dollar disponible.

Le projet Kepler n'est pas sans concurrence. L'Agence spatiale européenne projette par exemple de lancer entre 2008 et 2013 un photomètre spatial du nom d'Eddington. Mais aucun instrument ne sera aussi spécialisé que la sonde américaine dans la détection d'exoplanètes. Kepler se distingue en effet par la largeur de son champ d'observation – l'équivalent de la surface de la main, le bras tendu – et la grande sensibilité de ses mesures de luminosité.