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Sur les terrains de football américain, un robot sécurise les placages

Déjà utilisé par 15 équipes de NFL, le MVP, un robot servant de mannequin pour les placages, permet de réduire de 80% le nombre de blessures à l’entraînement. En Europe, le rugby pourrait y trouver un intérêt

Et si l’avenir du football américain tenait en partie à la science? Historiquement, les deux sont pourtant loin d’avoir été des amis. Au début des années 2000, alors que de multiples études de neurologues démontraient mois après mois que les coups encaissés par les joueurs provoquaient des lésions cérébrales irréversibles et potentiellement mortelles, les scientifiques indépendants étaient la bête noire de la NFL, la toute-puissante Ligue nationale de football américain.

L’image du sport roi a été sérieusement ternie par ses centaines d’anciens joueurs frappés d’encéphalopathie traumatique chronique (ETC), ou encore par ses jeunes champions préférant une retraite prématurée à la démence précoce. Aujourd’hui, c’est pourtant bien entre les mains des scientifiques, chercheurs et ingénieurs que repose l’avenir de ce sport toujours immensément populaire aux Etats-Unis.

Depuis que la NFL a finalement reconnu, en 2009, que les multiples commotions cérébrales dont souffrent les joueurs lors des entraînements et des matches sont une cause majeure d’ETC, le milieu du football américain n’a plus qu’un mot à la bouche: sécurité.

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Mais comment éviter les contacts physiques et les chocs casque contre casque dans un sport où le placage, à l’instar du rugby, est une figure presque imposée? C’est là que la science vient à la rescousse en proposant des solutions pour améliorer la sécurité des entraînements, où ont lieu l’essentiel des blessures. Certains misent sur les entraînements virtuels, avec des participants équipés d’un casque VR qui les plonge dans l’action sans le moindre risque. D’autres préfèrent garder les pieds dans le gazon, à l’instar de la société d’équipement sportif Rogers, fabricant du premier mannequin d’entraînement téléguidé, le MVP (Mobile Virtual Player).

Développé dans une université

«Le concept est né à l’Ecole d’ingénieurs du Dartmouth College», rappelle Kevin McLeod, directeur général de Rogers Athletic Company. C’est dans cette prestigieuse université du New Hampshire qu’une poignée d’étudiants conçoivent en 2013 ce robot téléguidé, sorte de mannequin sur roues, qui prend tous les coups et permet de s’entraîner au placage en toute sécurité. Fini les chocs entre deux joueurs lancés à pleine vitesse: les footballeurs peuvent désormais se jeter sur ce «joueur virtuel» de mousse à haute densité, qui absorbe les coups en douceur. «La majorité des blessures ont lieu pendant les entraînements, observe Kevin McLeod. Dans les équipes qui ont adopté le MVP, les blessures ont chuté de 80%. Si l’on parvient à éliminer presque toutes les blessures à l’entraînement, cela fera un meilleur football pour tout le monde.»

Rogers, qui a le football américain dans ses gènes depuis sa fondation en 1934, est contactée par les jeunes ingénieurs de Dartmouth pour développer leur concept, le fabriquer et le distribuer. Le premier prototype est lancé en 2015 au sein de l’équipe de football de l’université. Il est amélioré grâce aux remontées des utilisateurs sur le terrain, et est aujourd’hui présent, dans sa version finale, dans une soixantaine d’équipes, dont 15 de la NFL.

Sous ses airs un peu lourdauds et malgré ses près de 90 kilos, le MVP fait preuve d’une agilité surprenante, avec une vitesse de pointe de 32 km/h en moins de 7 mètres, lui permettant de semer un joueur. Il est également équipé de senseurs, coupant instantanément son moteur au moment de l’impact avec un joueur, pour simuler au mieux le placage. Complètement télécommandé, il est fabriqué presque entièrement aux Etats-Unis, sauf sa batterie japonaise, qui lui offre une autonomie de 60 à 90 minutes. Le MVP est aussi un «culbuto» géant: lesté à sa base, il se redresse toujours immédiatement après un placage, prêt pour le coup suivant.

Sécurité à tout prix

«Quand j’ai entendu parler d’un robot d’entraînement qui bougeait tout seul, j’ai trouvé ça intéressant», explique Terry Barnum, directeur sportif du lycée Harvard-Westlake, dernier établissement en date à avoir succombé aux charmes du MVP – malgré son prix, qui frise les 8500 dollars. Il illustre l’ampleur du phénomène «sécurité à tout prix», qui touche même les joueurs en herbe.

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«C’était un gros investissement pour notre école, mais la sécurité de nos jeunes est une priorité. Nous n’avons pas regardé à la dépense», avoue le responsable, précisant qu’il compte en acheter un second l’été prochain. «Le robot a dépassé nos attentes. Nous l’utilisons plusieurs fois par semaine et il est devenu un élément incontournable de nos entraînements», assure-t-il.

Rogers et ses ingénieurs planchent maintenant sur la prochaine génération de mannequins. Au premier rang des améliorations possibles: un robot plus intelligent et plus autonome, capable de réagir simultanément au comportement de plusieurs joueurs autour de lui, sans être télécommandé. «Un modèle plus petit, adapté aux plus jeunes joueurs, est également à l’étude», affirme Kevin McLeod.

Côté commercial, enfin, Rogers regarde au-delà de ses frontières «naturelles». Si le football américain est un plaisir purement américain, le rugby, pour qui le MVP «semble tout aussi bien taillé», est présent dans de nombreux pays, notamment en Europe. L’entreprise se donne un an pour trouver sur le Vieux Continent un distributeur qui puisse lui ouvrir les portes du rugby. Sans prendre de coups.

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