GIEC

La Terre souffre déjà du réchauffement climatique

Le deuxième volet du cinquième rapport du GIEC, portant sur les risques du réchauffement et les adaptations possibles, a été approuvé par les experts réunis à Yokohama au Japon

L’humain face à la menace climatique

Climat Le deuxième volet du rapport du GIEC a été approuvé par les experts réunis à Yokohama au Japon

Il porte sur les risques des changements climatiques et les façons d’y faire face

S’adapter est indispensable mais peut-être pas suffisant

Les effets des changements climatiques se font déjà sentir. Et ils risquent encore de s’aggraver, avec d’inquiétantes conséquences pour nos sociétés, auxquelles il sera difficile de s’adapter. Telles sont les conclusions du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), au sujet des impacts déjà constatés du réchauffement, des risques à venir selon divers scénarios d’évolution climatique, et enfin des possibilités de s’y adapter. Leur état des lieux, fruit du travail de plusieurs centaines d’experts, a été approuvé lundi 31 mars par les scientifiques et les représentants des gouvernements réunis depuis une semaine à Yokohama, au Japon.

Cette nouvelle contribution constitue le deuxième volume du cinquième rapport du GIEC sur les changements climatiques. Le premier chapitre, consacré aux bases physiques du réchauffement, a été rendu public en septembre 2013, et le troisième volume, qui doit sortir dans deux semaines, présentera les moyens de lutter contre ce phénomène. Avec le rapport de synthèse prévu en octobre, ces documents constitueront l’état des lieux scientifique le plus complet depuis le dernier rapport global du GIEC, publié en 2007. Les impacts du réchauffement climatique en Suisse ont de leur côté déjà fait l’objet d’un rapport, corédigé par une vingtaine de groupes de recherche et rendu public à la mi-mars (lire LT du 15.03.2014).

Impacts déjà perceptibles

Des effets imputables au réchauffement sont déjà observés «sur tous les continents et à travers les océans», indique le nouveau rapport. Certains de ces effets sont physiques, tels que la fonte des glaciers ou l’élévation du niveau des océans, qui menace les régions côtières (voir infographie). Les écosystèmes terrestres et marins sont aussi touchés, puisque l’aire de répartition traditionnelle de certaines espèces s’est déplacée sous l’effet du réchauffement. Celui-ci a également un impact négatif sur le rendement de cultures telles que le blé et le maïs.

Le rapport souligne toutefois une bonne nouvelle: nos sociétés ont déjà commencé à s’adapter à ces changements. «Mais cette adaptation est davantage axée sur une réaction à des événements passés que sur une préparation à l’avenir», relève Chris Field, de la Carnegie Institution for Science, aux Etats-Unis, coprésident du Groupe de travail II du GIEC, à l’origine du document.

Ecosystèmes altérés

Un grand nombre d’espèces terrestres et aquatiques risquent de s’éteindre d’ici à la fin du siècle car elles seront incapables de s’adapter aux changements rapides du climat, et cela quel que soit le scénario climatique retenu, avec limitation des émissions de gaz à effet de serre ou non. L’impact sur les écosystèmes sera toutefois plus faible si le réchauffement est limité. Des actions telles qu’un maintien de la diversité génétique des espèces ou une aide à leur migration peuvent atténuer les risques, mais pas les supprimer.

Par ailleurs, en cas de maintien d’émissions importantes de CO2 dans l’atmosphère, certains écosystèmes particuliers tels que la toundra arctique pourraient subir des dommages irréversibles. «Les scientifiques redoutent l’existence de points de basculement, au-delà desquels les processus de dégradation s’accéléreraient brutalement», précise José Romero, chef de la délégation suisse au sommet du GIEC.

Enfin, l’élévation des quantités de CO2 dans l’atmosphère entraîne une acidification des océans, qui met notamment en danger les récifs coralliens.

Alimentation en crise

Plus que son prédécesseur, ce nouveau rapport du GIEC insiste sur les risques du réchauffement pour l’approvisionnement alimentaire mondial. «Une augmentation des températures de 2 °C ou plus d’ici à 2100 aurait des conséquences négatives sur la production des principales cultures dans les régions tropicales et tempérées», peut-on y lire. Des effets bénéfiques sont en revanche attendus aux hautes latitudes, mais de plus faible ampleur.

Dans les régions subtropicales, les agriculteurs devront faire face à une compétition accrue pour la ressource en eau, devenant de plus en plus rare et de moins en moins bonne qualité. La répartition des espèces de poissons dans les océans sera enfin modifiée: la majeure partie des stocks se déplacera vers les hautes latitudes, ce qui affectera les prises dans les régions tropicales.

Pauvreté et insécurité accrues

Les populations les plus directement menacées par le réchauffement sont sans surprise celles qui vivent sur des petites îles ou dans des zones côtières menacées par l’élévation du niveau des océans. Les changements climatiques risquent ainsi d’accroître les déplacements de personnes au cours du siècle, quoiqu’il soit difficile d’évaluer l’ampleur du phénomène, et pourrait même indirectement mener à des conflits armés.

Les changements climatiques menacent aussi notre santé, notamment dans les régions urbaines soumises à des vagues de chaleur, et dans les pays sous-développés, exposés à la sous-nutrition et sous-équipés face aux canicules ou aux incendies. D’une manière générale, le réchauffement risque d’accroître la pauvreté dans les pays du Sud et d’en générer dans les pays développés, notamment du fait d’un ralentissement économique. Une augmentation de 2 °C ou plus par rapport à l’ère préindustrielle entraînerait un manque à gagner de 0,2 à 2% pour l’économie mondiale.

S’adapter, une nécessité

Le GIEC détaille toute une série d’adaptations possibles au réchauffement. Celles-ci vont de la construction de digues pour se protéger contre l’élévation du niveau des océans au développement de l’irrigation ou de nouvelles variétés plus résistantes en agriculture, en passant par la reforestation et la protection des zones humides ou encore un meilleur accès à l’éducation et à la santé pour les populations défavorisées.

Les solutions existent donc, mais elles ne seront peut-être pas suffisantes. Les gouvernements se sont engagés à limiter le réchauffement en dessous de 2 °C, seuil au-delà duquel les conséquences seraient les plus marquées. Mais si l’on en croit les tendances actuelles d’émissions de CO2, l’accroissement des températures pourrait être bien plus élevé, dépassant les 4 °C supplémentaires d’ici à la fin du siècle, dans le pire des scénarios. «Vu le réchauffement considérable dû à l’augmentation continue des émissions de gaz à effet de serre, les risques vont être difficiles à gérer, souligne Chris Field. Même des investissements importants et soutenus dans l’adaptation auront leurs limites.»

D’où l’importance, selon les experts, de prendre des mesures permettant à la fois d’atténuer le réchauffement et de s’y adapter: elles peuvent passer par l’amélioration de l’efficacité énergétique, le développement des énergies propres ou celui de l’agriculture durable, par exemple.

Toutes ces propositions alimenteront sans doute les discussions lors du prochain grand rendez-vous autour du climat, à Paris fin 2015. Les Etats tenteront alors de parvenir à un accord contraignant de limitation des émissions de gaz à effet de serre et pourraient mobiliser des fonds pour aider les pays pauvres à s’adapter au réchauffement.

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