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Un étudiant fouille à la spatule un ancien foyer dans une des maisons du chantier.   
© Yves Leresche

Archéologie

Sur les terres de Lousonna, les archéologues battent le fer quand il fait chaud

Les fouilles de la Lausanne romaine à Vidy sont ouvertes au public ce week-end. Cette année, l’équipe archéologique de l’UNIL a découvert une forge antique

«On pioche, tic, tac…» Tels les sept nains de Blanche-Neige, les 40 étudiants de la Faculté d’archéologie se déploient après leur pause sur le chantier de Vidy. Spatule, truelle ou binette, tout est bon pour ratisser son bout de parcelle… avec minutie. Depuis 2013, les chercheurs de l’Institut d’archéologie et des sciences de l’antiquité de Lausanne bichonnent cette extrémité du vicus, sorte d’agglomération secondaire, de Lousonna. Cette ancienne ville romaine s’est développée à partir de 30 avant J.-C. pour devenir un grand port commercial. Elle aurait faibli à partir du IVe siècle après J.-C.

Sur le chantier, sont sorties de terre les fondations de trois maisons mesurant entre 12 et 15 mètres de large, les bases des portiques extérieurs et plusieurs objets. Et à chaque année sa petite avancée. Pour 2017, voilà l’apparition d’une forge. «L’an passé, un étudiant devait délimiter les traces d’un ancien poteau appartenant à une ancienne paroi. Mais il a trop creusé, allant jusqu’à une couche noire typique. On est venus avec un aimant pour détecter le fer et là, plus de doute, il a trouvé une forge», raconte Fanny Lanthemann, archéologue à l’institut lausannois et responsable de cette fouille universitaire. Deux forges avaient été découvertes dans les maisons mais elles étaient temporaires, utilisées pour la construction des bâtisses. Ici, c’est une forge de long terme que l’équipe a mis au jour.

Une forge à même le sol

A la différence des maisons découpées en larges zones par les archéologues, l’ancienne forge est quadrillée par des cordelettes tirées pour former des carrés de 25 cm². «Quand on fouille une forge, il y a trois choses à observer: les lieux de travail où on chauffe, on frappe et on refroidit le fer, les outils qui sont assez standards, et enfin les chutes et les particules de fer», explique Matthieu Demierre, archéologue à l’institut lausannois et responsable du petit mobilier sur le chantier. Les étudiants ont trouvé un foyer où l’on chauffait le fer, reconnaissable à sa couleur ambrée sur les côtés. Plus loin, deux autres foyers sont visibles, preuve que la forge a été utilisée plusieurs fois. On remarque aussi la trace du billot qui supportait l’enclume sur laquelle on battait le fer encore chaud.

Pour les particules, c’est un vrai travail de fourmi! Le sol d’une forge est assez brut et recouvert d’une couche noire. Cette couche contient de minuscules particules de fer appelées battitures. Les étudiants prélèvent le sédiment dans chaque zone et le passent, sous la tente, dans un tamis ayant des trous d’un millimètre. Ensuite, l’aimant permet de récupérer les particules de ferraille. En mesurant leur concentration et leur répartition, on peut connaître le temps d’utilisation de la forge et l’emplacement du matériel.

Du fer oui, mais pour faire quoi? «Qualifier avec ce qui reste ce qu’on a voulu produire est très difficile», déplore le chercheur. Il y a bien les scories, ces chutes informes tombées au fond des foyers, mais elles sont souvent jetées à la fin de la journée de travail. Les objets réussis, eux, ont quitté la forge depuis plusieurs siècles sans laisser de traces. Une fosse pleine de scories a été trouvée à quelques mètres de là. Si elles pèsent et mesurent à peu près pareil, c’est que le travail devait être un peu standardisé ou au moins spécialisé sur un type d’objet. Mais ça, on le saura plus tard, après analyse.

Couche après couche

C’est aussi parce que les habitants de l’époque ne rasaient pas les constructions systématiquement que cette forge a pu être découverte. Chacune des trois maisons a été reconstruite sur les fondations de la précédente. Cela donne de jolies strates allant du Ier siècle au IIIe siècle. «C’est un site fantastique, il est très bien conservé et très formateur pour les étudiants», confirme Fanny Lanthemann. Chaque couche étudiée est cartographiée, dessinée et photographiée. Elle est ensuite retirée pour laisser place à celle d’en dessous, qui apporte son lot de réponses… et de questions.

Un étudiant, accroupi, frotte à la spatule les pierres situées au centre d’un ancien foyer qui devait être dans la cuisine de la première maison. «Mon collègue pense qu’on atteint les fondations, moi je pense qu’il y a encore un autre foyer en dessous», plaisante l’archéologue. Le chantier est d’ailleurs loin d’être terminé. Mené sur les terres du projet immobilier Métamorphoses, il pourra se poursuivre jusqu’en 2021, en attendant le début des travaux, annoncé pour 2022. Une belle perspective, d’autant plus que la Ville de Lausanne vient d’annoncer à l’équipe la poursuite des fouilles sur un morceau du parking adjacent.


Informations pratiques:

Visite ouverte du public le vendredi 7 juillet de 14h à 18h et le samedi 8 juillet de 10h à 17h. Présentation d’objets et démonstration de tournage de céramique sont au programme.

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