En 2016, le nombre d’animaux utilisés pour des expériences en Suisse a diminué de 7,7% par rapport à 2015, selon l’Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires. Il s’agit très majoritairement de poulets et de souris. En revanche, au Tessin, il a augmenté de 26,8%. Pour des expérimentations menées l’an dernier, les entreprises et centres de recherche tessinois ont utilisé 40 306 animaux. Soit plus ou moins autant qu’à Genève (41 166) qui possède pourtant une industrie pharmaceutique et un pôle de recherche universitaire plus importants.

Lire aussi: Expérimentation animale: les alternatives se font attendre

Dans la Cité de Calvin, 108 autorisations ont été délivrées pour des expérimentations animales en 2016, contre 30 au Tessin. La proportion excessive d’animaux employés pour les expérimentations au sud des Alpes par rapport aux autres cantons n’est pas une nouveauté. Déjà en 2012, le vice-président de la Ligue suisse contre la vivisection (LSCV), Luc Fournier, parlait du «mystère tessinois», se demandant comment une trentaine d’expériences pouvaient justifier l’utilisation de 40 000 cobayes.

Lire aussi: Le débat sur la vivisection est bien relancé

Selon le vétérinaire cantonal tessinois, Tullio Vanzetti, le nombre élevé d’animaux par autorisation dans le canton s’explique simplement. «Il est dû à une entreprise qui opère de nombreux tests de sécurité prévus par l’industrie pharmaceutique pour commercialiser des médicaments. Dans ces cas, une seule demande suffit pour obtenir l’autorisation d’utiliser plusieurs animaux, contrairement à la recherche où leur nombre est normalement limité.»

Conflit d’intérêts

La LSCV a un autre avis sur la question. Selon elle, les instituts de recherche et les entreprises demandent plus de cobayes que nécessaire: «C’est probablement plus facile d’en demander plus dans un premier temps, quitte à se débarrasser ensuite des animaux inutilisés, que d’en réclamer de nouveaux a posteriori», avance Maya Schmid, membre du comité de la LSCV. La commission d’évaluation des requêtes tessinoise, chargée d’évaluer les demandes d’autorisation pour procéder à des expérimentations sur les animaux, ne serait pas non plus très rigoureuse. Composée de cinq membres, elle comptait, jusqu’en 2012, le vétérinaire (Tullio Vanzetti), le médecin et le pharmacien cantonaux. Elle violait ainsi l’art. 149 de l’Ordonnance sur la protection des animaux (OPAn), qui interdit à des collaborateurs de l’Etat d’y siéger.

Lire aussi: Peut-on remplacer l’expérimentation animale?

Cité dans la presse de l’époque, Paolo Beltraminelli, déjà à la tête du Département de la santé et des affaires sociales, assurait que la composition de la commission n’avait jamais posé problème et que les règles étaient strictement respectées. Ce n’est que sous la pression d’une campagne de la LSCV qu’elle a été dissoute. Depuis, un nouvel organe a été créé dont les membres sont censés être indépendants.

Pour Massimo Tettamanti, consultant scientifique de l’Association suisse pour l’abolition de la vivisection (ATRA), le recours démesuré aux animaux de laboratoire au Tessin s’expliquerait par des «préjugés culturels», plus profonds encore au sud des Alpes que dans le reste de la Suisse. Dans près de 70% des cas, la vivisection – une pratique datant du XIX siècle – est choisie dans le pays, alors qu’elle n’est pas contrainte par la loi, rappelle-t-il.

Des méthodes alternatives en progression

Or, il existe des méthodes alternatives, suivant le principe des 3R (replace, reduce et refine), inscrit dans la loi suisse sur la protection des animaux (LPA) depuis 1993: le remplacement et la réduction de l’utilisation d’animaux à des fins expérimentales et le raffinement des conditions d’élevage, d’hébergement et de soins, ainsi que des méthodes expérimentales utilisées.

Les méthodes dites alternatives sont de plus en plus reconnues et répandues dans le monde scientifique. «Aux Etats-Unis, en Europe du Nord, en Amérique du Sud, nous avons réussi à convaincre la communauté scientifique. Depuis quelques années, nous constatons lors des congrès internationaux un intérêt croissant envers ces méthodes, les choses évoluent très vite», explique le consultant scientifique de l’ATRA. «Les Suisses, en revanche, sont très réticents et prennent du retard. Par exemple, l’Université de Pavia en Italie voisine n’utilise plus d’animaux en immunologie, contrairement au Tessin», souligne Massimo Tettamanti.

A Berne, Stefan Kunfermann, porte-parole de l’Office fédéral des affaires vétérinaires, ne s’étonne pas outre mesure de l’exception tessinoise. «Le nombre d’animaux varie beaucoup d’un canton à l’autre et peut être sujet à une fluctuation importante au sein d’un même canton, d’une année à l’autre», commente-t-il.

La Confédération a toutefois l’intention de renforcer l’implantation des mesures alternatives 3R en proposant d’établir, dans le cadre de la consultation sur l’OPAn, la nomination d’un-e délégué-e à la protection des animaux dans tous les instituts de recherche et laboratoires.


A lire aussi: