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Ma thèse en 180 secondes, melting-pot de cultures scientifiques

Dix-huit doctorants de nationalités différentes vont s’affronter jeudi 27 septembre à l’Université de Lausanne, lors de la finale internationale du concours «Ma thèse en 180 secondes». L’occasion de questionner le rôle de la recherche et des chercheurs à travers le monde

Pour la première fois, la Suisse accueille la finale internationale du concours de vulgarisation scientifique «Ma thèse en 180 secondes», jeudi 27 septembre à l’Université de Lausanne. Lors de ce concours annuel ouvert à tous, des doctorants francophones de nationalités et de disciplines différentes vulgarisent leurs sujets de thèse en seulement trois minutes, en s’accompagnant d’une unique diapositive. Un exercice de haut vol qui demande aux futurs chercheurs d’utiliser des mots simples et percutants, afin d’intéresser l’auditoire et le jury.

Pour cette cinquième édition du concours, la finale verra s’affronter 18 candidats venus d’Europe, d’Afrique et du Canada, soit un réel melting-pot de cultures scientifiques. Le Temps a rencontré quatre candidats issus d’horizons divers pour confronter leurs visions de la recherche et du rôle des scientifiques.

1) Pourquoi faire de la recherche scientifique?

«La recherche a pour objectif de nous aider à comprendre le monde qui nous entoure», affirme Pascale Deneulin, la candidate de la Suisse, dont le doctorat mené à l’Université de Lausanne porte sur la définition de la minéralité du vin, un sujet alliant la sémantique à l’œnologie. Quelles que soient les disciplines représentées, qui vont du microscopique à l’immensément grand en passant par les sciences humaines et sociales, les chercheurs s’ingénient à trouver des explications à ce qu’ils observent.

Mais le concurrent de Madagascar ajoute une dimension supplémentaire: «Pour des populations îliennes comme la mienne, la recherche permet de mettre en valeur notre île et les ressources qu’elle possède.» Dans le cadre de sa thèse à l’Université d’Antananarivo, Mahery Andriamanantena travaille sur la valorisation des plantes riches en pigments et endémiques de son pays. Un travail dont l’objectif est de proposer de nouvelles sources de colorants naturels à l’industrie agroalimentaire internationale comme aux artisans locaux, et visant à la préservation de la biodiversité de l’île.

2) Quel est le rôle des chercheurs dans la société?

«Quand je dis aux gens que je suis chercheur, on me rétorque avec ironie: mais voyons, qu’est-ce que tu cherches?» s’amuse Geneviève Zabré, de l’Université de Ouagadougou, candidate du Burkina Faso. La jeune femme, qui étudie comment l’ingestion de plantes médicinales peut diminuer les émissions de méthane des élevages de moutons, est convaincue que la société ne serait rien sans la science. Elle souhaite aider son pays à prendre conscience du réchauffement climatique et à y réagir, une problématique intrinsèquement liée aux émissions de gaz à effet de serre dégagées par les nombreux élevages ovins du Burkina Faso. «A Madagascar, un grand nombre de personnes disent que notre métier est une perte de temps et il est clair que la recherche scientifique n’est pas une priorité de l’Etat», déplore Mahery Andriamanantena. Pour ces deux doctorants, la science et sa vulgarisation vers le public sont primordiales pour le développement d’un pays.

3) Quelle est l’importance de la vulgarisation?

«Bien entendu qu’il est du devoir des chercheurs de communiquer sur leurs résultats. Ne serait-ce que parce que chez nous, en Belgique, cette discipline est financée par la population. Les gens ont le droit d’être informés sur l’utilisation de ces fonds publics», répond Martin Delguste de l’Université catholique de Louvain, qui étudie comment des virus infectent les cellules, grâce à des techniques de microscopie à force atomique. «Certains scientifiques sont très doués dans leur domaine mais très mauvais en communication, et vice versa. La vulgarisation scientifique n’est pas le rôle de chaque chercheur. Cependant, il est important que ceux qui en ont la capacité et l’envie puissent s’en charger pour leurs collègues ou leur laboratoire», nuance Pascale Deneulin.

4) Pourquoi participer à «Ma thèse en 180 secondes»?

«Avant de m’inscrire à ce concours, j’étais plutôt timide et focalisé sur ma recherche. En participant, j’ai appris à vulgariser mon travail avec des mots simples, à jouer sur scène. Les échanges avec le public et les autres candidats m’enrichissent et je suis déçu que ça soit la fin!» dit Martin Delguste. Un engouement partagé par les autres candidats qui voient leur avenir entre la recherche en laboratoire, l’enseignement universitaire et la participation à des conférences, afin de continuer à partager leur savoir.

Pour suivre la finale:

Evénement complet mais retransmis en direct sur le site www.mt180.ch, le 27 septembre à 18h00

A lire, deux opinions sur le concours:

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