politique scientifique

La Time Machine d'un chercheur lausannois peut rêver au milliard

Six projets scientifiques européens sont dans la course pour obtenir un milliard d’euros de financement. Parmi eux, Time Machine, porté par le chercheur lausannois Frédéric Kaplan

Time Machine peut toujours rêver au jackpot. Ce projet de recherches en humanités numériques porté par Frédéric Kaplan, de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), fait partie des six finalistes retenus pour se disputer le milliard d’euros promis par la Commission européenne.

L’Europe est à la recherche de son prochain «FET Flagship», nom de ces vastes projets scientifiques stratégiques dotés d’un milliard sur dix ans. Le Human Brain Project, qui vise à simuler le cerveau sur ordinateur, en est un exemple.

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C’est la revue scientifique Nature qui a vendu la mèche et ajouté que chacun des six candidats recevra début mars 1 million d’euros (1,13 million de francs) pour mettre sur pied d’ici à l’année prochaine un dossier prouvant sa faisabilité. La Commission pourra en consacrer jusqu’à trois en 2020 pour un lancement un an plus tard.Les six programmes toujours en lice vont du développement clinique des thérapies géniques et cellulaires à l’énergie solaire, en passant par la médecine génomique personnalisée et l’intelligence artificielle.

Projet ovni

Au milieu de tous ces thèmes scientifiques à la mode, qui font miroiter des rêves de voir des licornes européennes s’imposer au monde entier, Time Machine fait quelque peu figure d’ovni. Celui-ci a pour objectif de créer une infrastructure capable de numériser, cartographier et classer les milliards de documents historiques issus de dizaines de villes européennes, de Paris à Naples en passant par Budapest. Plus de 240 partenaires européens répartis dans 33 pays sont de la partie.

Time Machine est souvent présenté comme une occasion unique de pérenniser les millions de documents historiques qui constituent le patrimoine européen. «En tant que projet dédié au patrimoine culturel, nous étions un outsider – c’est une grande victoire d’arriver aussi loin», a confié Frédéric Kaplan à Nature.

Time Machine est née sous le nom Venice Time Machine, parce que dédié à la ville italienne. Les méthodes et les outils développés à l’EPFL par l’équipe de Frédéric Kaplan (permettant notamment de numériser des livres anciens sans les ouvrir et d’en interpréter le contenu) ont fini par convaincre bien d’autres villes européennes.

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Des mégaprojets vite incontrôlables

Les risques liés à ces mégaprojets sont bien connus: ils sont vite incontrôlables, pas assez cadrés. Pour y faire face et éviter les critiques telles que celles qui ont plu sur la gouvernance initiale du Human Brain Project, «la structure de la Time Machine européenne est fondamentalement horizontale, avec une grande autonomie régionale», avait assuré en février dernier le chercheur lausannois.

L’Europe cherche à garder la tête hors de l’eau sur des axes scientifiques stratégiques. Dans ce contexte, on peut douter de ses velléités à délier sa bourse pour un projet de sciences humaines. Mais c’est peut-être justement ce caractère original de la Time Machine qui fera la différence. Réponse dans un an.

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