Balades en lisières de forêts, promenades dans les sous-bois ou le long des cours d’eau… Les conditions météorologiques favorables de ces derniers mois, jointes au maintien des règles de distanciation physique en lien avec la pandémie de Covid-19, ont poussé bon nombre de personnes à pratiquer des activités de plein air.

Cette envie de nature a eu un effet collatéral visible dans les dernières statistiques de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), qui souligne une augmentation sensible des cas déclarés d’encéphalite à tiques, aussi appelée méningo-encéphalite verno-estivale (MEVE).

Asymptomatique dans la grande majorité des cas ou générant de légers symptômes pseudo-grippaux, cette pathologie peut aussi, chez environ 10% des personnes infectées, entraîner des complications neurologiques, voire le décès, chez 1% des individus touchés.

Recrudescence des cas

Entre janvier et fin juillet de cette année, la Suisse a ainsi dénombré 368 cas de MEVE. A titre de comparaison, le pays comptait, sur la même période, 290 cas déclarés en 2018, et 200 en 2019. Les piqûres de ces acariens ont par ailleurs généré quelque 19 800 consultations médicales durant les six premiers mois de 2020.

Lire aussi:  Enigmatique tique

«Nous nous attendions à une hausse des cas en lien avec la situation sanitaire, celle-ci ayant davantage poussé les gens à se promener en forêt, analyse Mark Witschi, responsable de la section Recommandations vaccinales et mesures de lutte à l’OFSP. L’augmentation constante des cas d’encéphalite à tiques ces dernières années nous préoccupe. Certains pays, comme l’Autriche, observent une augmentation des cas sévères nécessitant des soins intensifs.»

Différences régionales

Particulièrement actives entre mars et novembre, les tiques peuvent, on le rappelle, principalement transmettre deux types de pathologies en Suisse: l’encéphalite à tiques, donc, mais aussi la borréliose ou maladie de Lyme, qui a été diagnostiquée chez 10 200 personnes entre janvier et juillet 2020. Beaucoup plus fréquente, cette dernière se caractérise, chez la moitié des patients et au cours de la première phase de la maladie, par une rougeur cutanée se formant autour de la piqûre et appelée érythème migrant. Des manifestations cliniques, comme des douleurs, des troubles de la sensibilité ou des anomalies cutanées peuvent par ailleurs apparaître, chez certaines personnes, des semaines, voire des années après le moment de la piqûre.

Lire également:  Un vaccin contre la maladie de Lyme est possible pour 2025

Selon le Centre national de référence pour les maladies transmises par les tiques (CNRT), environ 1% des tiques présentes sur l’ensemble du territoire suisse seraient infectées par le virus de la MEVE, alors que, en fonction des régions, entre 5 et 50% des spécimens seraient porteurs de Borrelia burgdorferi, la bactérie responsable de la borréliose de Lyme.

«Ces différences au sein d’un même territoire sont difficiles à expliquer, précise Manuel Schibler, médecin adjoint dans le Service des maladies infectieuses des Hôpitaux Universitaires de Genève. Des scientifiques autrichiens ont par exemple comparé deux biotopes similaires proches l’un de l’autre. Dans l’un, les tiques étaient infectées de manière importante alors que dans l’autre pas du tout, sans que l’on comprenne vraiment pourquoi.»

Se faire vacciner, oui ou non?

Face à la hausse de l’incidence de l’encéphalite à tiques, l’Office fédéral de la santé publique recommande actuellement la vaccination aux adultes et enfants dès 6 ans vivant ou se promenant dans des régions à risque, à savoir l’ensemble de la Suisse sauf le Tessin et Genève, qui font encore figure d’exception.

«Contrairement à la maladie de Lyme, qui se traite à l’aide d’antibiotiques, il n’existe pas de thérapie ciblée pour l’encéphalite à tiques, explique Manuel Schibler. Le risque de développer des complications est toutefois très rare chez les enfants et a tendance à augmenter avec l’âge, en particulier au-delà de 50 ans. Le vaccin, connu depuis longtemps, est parfaitement sûr. Ceci dit, il faut être conscient que la probabilité de se faire vacciner pour rien, surtout si l’on ne va jamais se balader en forêt, est relativement importante. Il s’agit là vraiment d’une question d’appréciation personnelle face au risque.»

Lire encore:  Face à la maladie de Lyme, les dangers d’une thérapie prolongée

Vaccin ou non, d’autres mesures permettent également de se protéger des tiques lors de promenades, comme le fait de porter des pantalons longs, des chaussures fermées ou d’utiliser des répulsifs. Une fois rentré, il s’agira de contrôler l’ensemble du corps et de retirer les tiques présentes rapidement, afin de diminuer au maximum les risques d’infections.