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En raison du changement climatique, certaines espèces de tiques ont été observées à des altitudes jusqu’alors épargnées.
© YURI SMITYUK/Getty Images

infectiologie

Avec les tiques, les Suisses trinquent

La saison des tiques débute à peine que ces arthropodes sont déjà partout. Le réchauffement climatique est une des causes probables de cette prolifération, mais ce n’est pas la seule. Quelques pistes de contrôle se dessinent

Amateurs de jardinage ou de randonnées en forêt, gare aux morsures de tiques! Le mois de mai marque le début du pic d’activité de ces bestioles sur les lieux de leurs forfaits. Comment nous prémunir contre leurs attaques, et contre les maladies qu’elles risquent de nous transmettre quand elles se gorgent de notre sang? La maladie de Lyme est la plus célèbre d’entre elles: elle est inoculée par une tique contaminée par la bactérie Borrelia burgdorferi.

Et comme une mauvaise nouvelle n’arrive jamais seule, il semblerait que ces arthropodes aient des velléités de tourisme plus au nord. «Au Canada, en Suède, en Norvège, les tiques se répandent, indique le professeur Maarten Voordouw, de l’Université de Neuchâtel. Au Canada, en 1990, un seul site était connu pour héberger des tiques, près de Toronto. Aujourd’hui, on en compte près de 200.» Ces arthropodes, on le sait, ont une croissance limitée par les climats froids. Les scientifiques soupçonnent donc que leur migration vers le nord – d’environ 50 kilomètres par an, grâce aux oiseaux – est en partie liée au réchauffement climatique. «Mais ce n’est pas si facile de l’affirmer.»

Lire aussi: Face à la maladie de Lyme, les dangers d’une thérapie prolongée

Réchauffement climatique en cause

Le nombre de cas de maladie de Lyme au Canada est passé de 40 en 2004 à 682 en 2013. En Suisse, «selon l’Office fédéral de la santé publique, le nombre de personnes contractant une maladie de Lyme chaque année se situe entre 9000 et 12 000», estime la Ligue suisse des personnes atteintes de maladies à tiques.

Certaines espèces ont été observées à des altitudes jusqu’alors épargnées. En 2014, Ixodes ricinus, vecteur de la maladie de Lyme en Europe, a ainsi été trouvée dans les Alpes suisses, en relative abondance, jusqu’à une altitude de 1400 mètres. «Ce travail confirme la progression de ces tiques, du fait du changement climatique», estime la professeure Karine Chalvet-Monfray, de l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) à Lyon.

En France, «dans le sud du pays, il y a moins de zones favorables à l’espèce Ixodes ricinus. En revanche, une autre espèce de tique s’est installée, Hyalomma marginatum. Or cette espèce peut transmettre la fièvre hémorragique de Crimée-Congo, une maladie sévère liée à un virus», rapporte Karine Chalvet-Monfray. En Espagne, en 2016, une personne est décédée de cette fièvre après une morsure de tique.

L'un des nos séries d'été, en 2014: Enigmatique tique

Beaucoup de cas non diagnostiqués

Une étude troublante est parue le 1er mai aux Etats-Unis. Le New York Times s’est ainsi fait l’écho d’un rapport des Centres américains pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC). Entre 2004 et 2016, révèle cette agence, le nombre de cas de maladies transmises à l’homme par des insectes ou des acariens est passé de 27 000 à 96 000 par an. Une augmentation surtout liée aux maladies transmises par des tiques. Selon les CDC, 300 000 Américains seraient touchés par la maladie de Lyme chaque année – mais 35 000 cas seulement sont diagnostiqués.

Le changement climatique est certes en cause: les tiques peuvent désormais se développer dans des régions auparavant trop froides pour elles. Mais le recours aux tests diagnostiques s’est aussi accru, ce qui a entraîné une augmentation des cas recensés.

Les tiques, par ailleurs, bénéficient d’un habitat plus favorable. Les Etats-Unis ont ainsi replanté les zones en périphérie des villes. «En France, la surface des zones boisées a été multipliée par deux depuis 1900», relève Magalie René-Martellet, vétérinaire à l’INRA de Lyon. Par ailleurs, les ongulés – comme les chevreuils – sont les hôtes nourriciers des tiques. «Les femelles adultes se gorgent de leur sang avant de pondre leurs œufs sur le sol», explique Magalie René-Martellet. Or la population des ongulés a doublé en France depuis les années 1970: «Ils sont moins chassés et leurs prédateurs sont moins nombreux.»

A défaut de vaccin, il faut être inventif

«Pour autant, il ne suffit pas de réduire la population des chevreuils pour voir le nombre de tiques chuter», avertit Jean-François Cosson, de l’Ecole nationale vétérinaire de Maisons-Alfort, près de Paris. Dans l’attente d’un hypothétique vaccin ou de nouveaux acaricides, il s’agit donc d’être un peu subtil – et inventif. «Aux Etats-Unis, on empêche les chevreuils de s’approcher des zones très fréquentées par l’homme. On les traite aussi par des antiparasitaires biodégradables», indique le vétérinaire. Autre piste: la gestion écologique des milieux. Certains aménagements paysagers, dans les milieux très fréquentés par l’homme, pourraient faire chuter la population des tiques.

L’aménagement des jardins, en particulier, est une priorité. «Près du tiers des personnes mordues par des tiques le sont dans leur jardin», souligne Jean-François Cosson. Herbe tondue, tapis de cailloux secs à proximité des barrières, paillis de sapin sous les jeux pour enfants sont autant de pistes. «L’avenir est à la lutte raisonnée et intégrée», assure le chercheur.


Les tiques suisses préfèrent la tête et… les parties génitales

Pour traquer les tiques, les chercheurs misent sur la science participative. En Suisse, dès 2015, une application gratuite, «Tique», téléchargeable sur iOS et Android, a été développée par la Haute Ecole zurichoise pour les sciences appliquées (ZHAW). Son but: récolter les données transmises par les citoyens sur le lieu, la localisation corporelle ou encore le moment d’une morsure de tique. «Plus de 10 000 signalements ont été enregistrés sur l’application depuis 2015, se réjouit Werner Tischhauser, de la ZHAW. L’an prochain, nous allons proposer une application Android.» Depuis juillet 2017, les tiques peuvent être envoyées pour une analyse à un laboratoire suisse de référence pour les Borrelia. «A ce jour, 130 tiques ont été reçues.»

En mars dernier, cette application a montré que 40% des morsures de tiques recensées chez les enfants de moins de 12 ans sont situées au niveau de la tête et du cou. Chez les adultes de 26 à 80 ans, le bas du corps est le plus touché (72% des cas). Après des activités en plein air, la recherche de tiques sur les enfants doit donc se concentrer sur la naissance des cheveux, derrière les oreilles, sur le cuir chevelu, puis sur tout le corps. Chez les adultes, l’examen doit se focaliser sur les jambes, le creux du genou, l’aine, les aisselles et la zone génitale.

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