«Il va falloir aller à la pêche», écrit 20 minutes France. En orbite depuis vingt ans, «des débris d’un ancien satellite de la NASA retombé sur Terre samedi matin» se seraient «abîmés dans l’océan Pacifique, a annoncé l’agence spatiale américaine. Ces débris se sont éparpillés sur une distance comprise entre 480 km et 1300 km», selon les informations de l’Agence France-Presse, après avoir suivi une trajectoire que décrit le beau site de l’Association Copernic.

Les experts estiment en effet «qu’environ 495 kg de restes de l’Upper Atmosphere Research Satellite (UARS) ont résisté à la rentrée» dans l’atmosphère terrestre. Rappelons tout de même ici que ce «monstre», qui a suscité pas mal de fantasmes ces derniers jours, mesurait rien de moins que 10,6 m de long et 4,6 m de diamètre, soit la taille d’un autobus. Et que le retour au bercail de ce type d’objets est assez fréquent: cela arrive au moins une fois par année.

Tout n’est pas si simple, cependant. Si l’on en croit le site Futura Sciences, «ça twitte, ça jase» et «ça YouTube» furieusement sur ce sujet. Les annonces hypothétiques «ont foisonné». La fameuse police montée du Canada est même très «agacée». Pourquoi? Parce que «les imprécisions sur la trajectoire suivie par le satellite UARS en train de se désintégrer» ont stimulé tous les observateurs potentiels, à vrai dire nombreux. Car «en gros, la NASA prévoyait que les débris allaient tomber entre le Canada, l’océan Atlantique, l’océan Indien et l’océan Pacifique, soit à peu près le tour de la Terre, entre 50° de latitude Nord et Sud, une bande englobant donc la plupart des pays du monde.» Bonjour la précision.

Alors, que s’est-il passé? Samedi matin, un écho radar a été publié via Twitpic, «qui montrait une trace dans la haute atmosphère au Canada. Il n’en fallait pas plus pour que les premières observations naissent dans cette région. Le coup est parti à Okotoks, près de Calgary, au sud de l’Alberta, un Etat de l’ouest du Canada. Une vidéo pas très convaincante» – qui n’est malheureusement plus disponible suite à une réclamation pour atteinte aux droits d’auteur – «est alors publiée sur YouTube et les twitteurs annoncent des témoignages […]. Devant les appels des particuliers et des journalistes aux autorités locales, la Gendarmerie royale du Canada précise à l’agence de presse QMI que non, aucun débris n’a été signalé.»

Mais Okotoks a eu son heure de gloire, rapporte le blog «Les hommes libres» de la Tribune de Genève. Là-bas, «la Sheep River, ou rivière des moutons, traverse la ville dans un vaste lit. A sa largeur on devine la force des crues. Il est tapissé de galets. Okotoks, en langue des Indiens pied-noir, signifie rocailleux. Ce nom indique un passage à gué dans la rivière. Après avoir été portée par la ruée vers l’or noir au début du XXe siècle, la ville, d’environ 20 000 habitants, s’est assagie. Aujourd’hui elle est une ville-dortoir de Calgary. Sa curiosité est un bloc erratique, Big Rock, à l’ouest.» Bien calme et paisible donc, jusqu’à ce jour où «la télé internationale, CNN, tout le monde cherchait à parler au maire ou à un responsable. Ils voulaient savoir si c’était vrai […]. Tout le monde sur place en parlait.»

Mais non, c’était «un canular», affirme la police, après avoir été effectivement «inondée d’appels, […] de CNN, de Fox News, de National Geographic, du Japon, de Londres». Un canular, point. Mais une vidéo, en revanche, poursuit Futura Sciences, «est authentifiée et mérite un détour», même si elle est assez peu spectaculaire. C’est celle réalisée par l’astronome amateur français Thierry Légault, sur son site personnel d’astrophotographie, «neuf jours avant la chute du satellite derrière un télescope de 36 cm de diamètre (un Celestron EdgeHD 14 pouces) installé sur un système de suivi automatique».

Bien. On a tout compris? Et fallait-il bien lancer une «alerte au satellite fou», comme l’a fait la semaine dernière le site Ciel & Espace, puisque, finalement, UARS aurait fait un minable «plouf». Les eaux du Pacifique constituant une énorme partie de la planète, il se peut que «ses restes ne soient jamais retrouvés», prévient le site de TF1. Et tant pis pour eux, car «mieux vaut faire tomber les vieux satellites», dit Michel Doyon à La Presse québécoise, lui qui est le gestionnaire des opérations de vol à l’Agence spatiale canadienne (ASC). Reste que pour lui, l’incapacité de la NASA à localiser rapidement ses débris a alimenté les craintes de plusieurs sur la sécurité de ces opérations: «C’est quand même la chose responsable à faire, assure Michel Doyon. L’espace est déjà surpeuplé de débris.»

A ce propos, France-Soir opère un passionnant «retour sur cet épisode pour lequel les scientifiques se sont livrés à divers pronostics concernant l’endroit et l’heure de l’impact». D’ailleurs, lundi déjà, le site de Science et Avenir écrivait déjà que «le centre d’opérations de la Nasa qui a suivi cette chute, le Joint Space Operations Center installé sur la base de Vandenberg, en Californie, avait calculé que 26 gros morceaux du satellite pouvaient résister à la destruction complète lors de la chute dans l’atmosphère et retomber» sur la terre ferme. Ou dans l’eau, donc, et c’est bien «dommage pour ceux qui espéraient [en] observer». Mais au cas où vous penseriez «avoir trouvé une des pièces du satellite, veuillez communiquer avec les autorités», conclut Le Blog De L’Etrange.