Lu ailleurs

Toute l’histoire cachée de votre famille sur de vieilles enveloppes léchées

Tester les échantillons d’ADN laissés sur les lettres de ses aïeuls pour connaître ses origines ou retrouver des parents. La possibilité fait saliver les généalogistes 

Et si vous vous découvriez un cousin caché grâce à une lettre abandonnée dans votre grenier? L’ADN laissé sur des objets du passé pourrait-il dévoiler nos plus sombres secrets? Le magazine mensuel américain The Atlantic revient, dans son édition de mars, sur les questions posées par la démocratisation de ces nouvelles avancées.

Lire l’article original: «Is DNA Left on Envelopes Fair Game for Testing?» par Sarah Zhang, The Atlantic, mars 2019

Vrai bouleversement

«En léchant les timbres et les enveloppes, vos ancêtres vous ont transmis le secret de leur précieux ADN pour toujours.» Gilad Japhet avait le sourire en annonçant cette avancée lors d’une conférence, fin 2018. Sa société s’est déjà imposée comme le troisième acteur du marché des tests génétiques auprès des vivants – elle possède dans ses fichiers aujourd’hui l’ADN de 2,5 millions de personnes dans le monde, rappelle The Atlantic, qui ont payé l’équivalent de 69 francs pour en savoir plus sur leurs origines génétiques. Mais MyHeritage veut aller plus loin en testant désormais aussi l’ADN des morts. Comment? En récupérant les traces laissées sur les enveloppes envoyées à leurs familles. Ces lettres conservées précieusement pourraient servir de base pour connaître les origines de leurs expéditeurs, s’ils sont bien ceux qui ont timbré les lettres bien sûr.

D’autres entreprises plus petites se sont déjà lancées sur le marché, raconte The Atlantic. Ces sociétés peuvent théoriquement déterrer des secrets de famille, résoudre une enquête, retrouver des parents célèbres, grâce à ces minuscules traces de salive surgies du passé. Votre arrière-arrière-grand-mère ne vous transmet que 6,25% environ de son ADN, mais elle peut avoir d’autres descendants qui partagent de l’ADN uniquement issu des 93,75% dont vous n’avez pas hérité. Une façon de vérifier ces parentés est donc de tester directement votre arrière-arrière-grand-mère…

Résolution de crimes

Récupérer l’ADN sur de vieilles lettres peut aussi permettre à la police de résoudre des crimes anciens, classés sans suite, faute de moyens techniques. Par exemple, la police californienne a déjà tenté de faire analyser les lettres reçues par le «tueur du Zodiaque», le tueur en série qui sévissait en Californie dans les années 1960 et 1970, jamais retrouvé ou identifié. Dans une autre enquête, c’est de l’ADN scrupuleusement conservé qui avait permis d’identifier le tueur du Golden State, des années plus tard.

Cela pose avant tout la question du consentement, pour The Atlantic. Jusqu’où peut-on tester l’ADN des objets? Les morts ont-ils perdu tout droit à la vie privée? «Les défunts auraient-ils consenti à un test de paternité? Est-ce éthique d’utiliser l’ADN laissé sur une tasse de l’homme qu’on suspecte être l’amant de sa femme?»

Questions d’éthique

Pour résoudre ces questions d’éthique, les sociétés qui proposent ces services d’ADN tiré du courrier fixent des limites. Ces enveloppes ne doivent pas fournir l’ADN de quelqu’un de vivant – d’ailleurs, une personne en vie pourrait, si elle était volontaire, se soumettre à un test ordinaire d’ADN, avec sa salive sur un testeur. «Je peux comprendre la demande de ces gens qui viennent nous voir avec des lettres anonymes, explique la société Totheletter DNA à The Atlantic, mais c’est non, ce serait la porte ouverte à toutes les dérives.» MyHeritage n’envisage pas de tester les brosses à dents, les dentiers et les vieux vêtements obtenus parfois insidieusement. A l’inverse, les lettres ont, elles, été envoyées volontairement – même si leurs expéditeurs ne savaient pas, à l’époque ce à quoi pourraient servir leurs missives, des décennies plus tard.

Il faut compter environ 500 à 600 dollars pour ces tests d’ADN sur enveloppes, un prix qui ne baissera probablement pas car la manutention est délicate, impossible à standardiser, chaque enveloppe est différente. «L’arrivée sur ce marché de MyHeritage sera un test important pour le secteur», estime The Atlantic. L’âge d’or des lettres concernées couvrirait une période de la fin des années 1800 à il y a une décennie ou deux. Car aujourd’hui on n’écrit plus de lettres et on ne lèche plus de timbres…

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