Une équipe de microbiologistes a découvert que lors de l’introduction des antibiotiques dans les années 1950 en Suède, les médicaments se sont rapidement répandus jusque dans les lointaines forêts du Royaume, révèle un article du magazine Science. Cette découverte pourrait aider les scientifiques à mieux comprendre la propagation de la résistance aux antibiotiques, qualifiée par l’Organisation mondiale de la santé comme «l’une des plus graves menaces pesant sur la santé mondiale, la sécurité alimentaire et le développement».

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Vague d’enthousiasme pour les antibiotiques

Pour recueillir des échantillons, la microbiologiste Jaelle Brealey et son équipe ont examiné les dents de plus de quatre-vingt ours de la collection du Musée national suédois. Les différents spécimens étudiés couvrent une période de temps importante, relève le média New Scientist: de 1842 à 2016. Les chercheurs ont gratté et recueilli un léger film de tartre sur des feuilles d’aluminium. L’analyse génétique a ensuite montré qu’une diversité de bactéries vivait dans la bouche de ces animaux. Elle a aussi révélé aux scientifiques des gènes de résistances aux antibiotiques, résultats de l’évolution de certaines bactéries en présence d’antibiotiques dans leur environnement.

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Les chercheurs ont pu dater leurs échantillons. La résistance aux antibiotiques semble avoir explosé dans tout le pays scandinave peu après l’introduction de ces médicaments en 1951. «Comme la plupart des pays du monde, la Suède a été prise dans une vague d’enthousiasme pour les médicaments, les utilisant partout, des hôpitaux aux fermes. Ils étaient utilisés pour traiter les maladies du bétail et favoriser une croissance plus rapide. En 1970, la Suède produisait plus de 40 000 kilogrammes d’antibiotiques chaque année», souligne Science.

Des traces dans le tartre

Les dents des ours montrent les effets de cette utilisation massive: Entre 1951 et 1970, les bactéries présentes dans les échantillons de tartre contenaient deux fois plus de gènes de résistance aux antibiotiques que le tartre d’avant l’ère des antibiotiques, rapportent les chercheurs dans la revue Current Biology, citée par Science. Et les ours évoluant loin de la civilisation, sont autant touchés que les animaux vivant proches des humains. Ce qui peut engendrer des risques pour la santé, avec la création de réservoirs de bactéries résistantes aux antibiotiques.

La tendance peut toutefois être inversée. Après la réglementation et la limitation des ventes d’antibiotiques dans les années 1990. L’utilisation d’antibiotiques a diminué et les animaux ont présenté moins de marqueurs de résistance dès les années 2000, relève la coauteure de la publication scientifique, Katerina Guschanski.