C’est par un tweet triomphant que Trump a annoncé lundi soir sa sortie de l’hôpital. «Je me sens vraiment bien! N’ayez pas peur du covid. Ne le laissez pas dominer votre vie», a indiqué le président américain sur le réseau social, minimisant à nouveau les dangers du virus alors qu’il a été placé sous oxygène au moins deux fois. Quelques heures plus tôt, s’ajoutant à une communication cacophonique, la porte-parole de la Maison-Blanche, Kayleigh McEnany, annonçait avoir été testée positive.

Cette nouvelle contamination dans l’entourage de Trump est un énième signe, s’il en fallait encore, que la Maison-Blanche n’a pas pris la mesure de l’épidémie de covid et des risques de contagion. «Nous avons développé sous l’administration Trump de très bons médicaments et savoirs», a trompeté le président américain. A l’hôpital militaire Walter-Reed de Bethesda, dans la banlieue de Washington, depuis vendredi, Trump a en effet reçu plusieurs traitements et médicaments qui font de lui un cobaye.

Remdésivir, connu de longue date

Vendredi soir, le médecin de Trump, le Dr Sean Conley, annonce que le président est traité au remdésivir, un antiviral largement utilisé depuis le début de la pandémie, mais aussi avec un cocktail expérimental d’anticorps de synthèse pas encore autorisé. Dimanche, on apprend que Trump reçoit en outre de la dexaméthasone, un stéroïde, sans compter la vitamine D, le zinc, la famotidine (contre les brûlures d’estomac), la mélatonine (pour les troubles du sommeil) et l’aspirine. A-t-on déjà vu un tel traitement de choc administré si précocement à un patient qui, selon les premières déclarations de son équipe médicale, allait pourtant «très bien»?

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Le remdésivir est un médicament connu de longue date: initialement développé contre le virus Ebola durant l’épidémie de 2014-2016, il a montré une certaine efficacité contre les précédents coronavirus, celui ayant sévi au Moyen-Orient en 2012 et celui responsable du SRAS. Il a donc été testé dès le printemps contre le nouveau coronavirus, le SARS-CoV-2. En tant qu’antiviral, le remdésivir bloque la réplication des virus, les empêchant de créer des copies d’eux-mêmes pour infecter les cellules de leur hôte.

Un grand essai clinique aux Etats-Unis a conclu que le remdésivir pouvait accélérer de quatre jours, par rapport au placebo, le rétablissement des patients hospitalisés avec une pneumonie nécessitant une oxygénation. Sur la base de ces résultats, le médicament a été autorisé en procédure d’urgence aux Etats-Unis au mois de mai. Et le 3 juillet, le remdésivir a été approuvé en Europe, premier médicament anti-covid à obtenir ce feu vert.

Mais la molécule du laboratoire Gilead a perdu de son aura depuis le début de l’été, où elle faisait figure de solution miracle (quand Trump en a acheté 92% des stocks mondiaux). Le 17 septembre, la Haute Autorité de santé française a rendu un avis mitigé sur le remdésivir: s’il ne réussit à réduire les hospitalisations que de quatre jours, «le service médical rendu est jugé faible». En plus, son efficacité semble limitée aux «patients qui nécessitent une oxygénothérapie à faible débit», et il «ne montre pas d’effet global sur la mortalité à quatorze jours». Bref, il y a «encore beaucoup d’incertitudes sur l’efficacité et la tolérance du remdésivir».

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Peut-être ne sert-il à rien dans le cas de Trump. «Les médecins qui conseillent Donald Trump veulent faire diminuer très rapidement la charge virale, même si on n’a aucune démonstration chez l’homme que ça fonctionne», juge l’infectiologue Nicolas Dauby pour la RTBF. Toute aggravation de sa santé serait catastrophique, «parce qu’on sait que, vu l’âge du patient Trump, son pronostic ne sera pas bon». Agé de 74 ans, Trump est obèse et suit un traitement pour son cholestérol: c’est un malade à très haut risque.

Cocktail d’anticorps pour patient VIP

Quant aux anticorps de synthèse que reçoit le président américain, ils n’ont pas encore été approuvés par l’autorité américaine de régulation des médicaments (FDA). Il n’y a aujourd’hui que deux manières d’y avoir accès: soit en participant à un essai clinique, soit par la procédure de l’«usage compassionnel». Habituellement réservée aux personnes gravement malades, en urgence vitale ou atteintes de maladies rares, elle permet au médecin de solliciter un traitement expérimental pour un patient particulier, en justifiant que les bénéfices potentiels pour sa santé valent bien les risques encourus.

Si ses docteurs pensent qu’une intervention peut être utile, si leur jugement est confirmé par des experts et que la situation paraît grave ou urgente, le président pourra avoir accès à n’importe quel traitement

Arthur Caplan, professeur d’éthique médicale à la Faculté de médecine de l’Université de New York

C’est donc par une sorte de passe-droit dû à son statut de VIP que Trump a pu tester l’un des médicaments prometteurs dans la recherche contre le covid. «Ils nous ont demandé l’autorisation de l’utiliser, racontait vendredi le patron de Regeneron, Leonard Schleifer, et nous avons accepté avec plaisir. […] Quand c’est pour le président des Etats-Unis, bien sûr, ça retient notre attention.» Schleifer, qui précise que Trump n’est pas le premier patient à recevoir ces anticorps en usage compassionnel, fréquente le président depuis des années, notamment sur les parcours de golf.

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Le cocktail qui lui est administré s’appelle REGN-COV2. Développé par l’entreprise pharmaceutique Regeneron, qui avait déjà développé un médicament similaire contre Ebola, il consiste à injecter au patient deux anticorps de synthèse imitant ceux naturellement produits par le système immunitaire lors d’une infection au coronavirus. Les anticorps s’accrochent aux molécules pointues qui enveloppent le virus, l’empêchant de se fixer aux cellules humaines. C’est donc un traitement qu’il est pertinent d’administrer le plus tôt possible dans l’évolution de la maladie, pour freiner sa progression dans le corps avant qu’il ait pu y faire des dégâts.

Les résultats des premiers essais du REGN-COV2 ont été publiés le 29 septembre, quelques jours avant le diagnostic de Trump. Ils sont encourageants: la charge virale (et avec elles les symptômes du covid) baisse de manière significative en l’espace de sept jours, surtout chez les patients les plus lents à développer une défense immunitaire. Mais les essais cliniques n’ont concerné pour l’instant que 275 cobayes non hospitalisés. Les tests devront continuer sur de plus grandes cohortes, à divers niveaux de gravité et d’évolution de l’infection, avant que le médicament soit autorisé.

Dexaméthasone contre les autres agressions

De son côté, enfin, la dexaméthasone est une hormone stéroïdienne, prescrite pour son effet anti-inflammatoire. Car chez un patient atteint du covid, l’attaque du virus elle-même n’est qu’une partie du problème. L’autre agression vient du système immunitaire qui se défend très fort, gonflant les muqueuses des bronches et des poumons. La respiration s’en retrouve d’autant plus compliquée; le myocarde peut subir des lésions, et une inflammation, menant parfois jusqu’à l’insuffisance cardiaque. Des anti-inflammatoires sont donc proposés aux patients gravement malades.

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Dont la dexaméthasone, souvent utilisée contre la polyarthrite rhumatoïde, le lupus ou la maladie de Crohn. «La médecine présidentielle a toujours été unique», analyse Arthur Caplan, professeur d’éthique médicale à la Faculté de médecine de l’Université de New York, dans le Seattle Times. «Si ses docteurs pensent qu’une intervention peut être utile, si leur jugement est confirmé par des experts et que la situation paraît grave ou urgente, le président pourra avoir accès à n’importe quel traitement.»