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La traque aux météorites est lancée en France

L’Hexagone vient de se doter d’un réseau unique au monde de détection des météorites, auquel participe la Suisse. Objectif: faciliter la récupération de ces objets riches en informations

Le 17 mai dernier à 0h50, un bolide a fendu le ciel du nord-est des Etats-Unis et du sud-est du Canada. Les centaines de personnes qui assistaient à la scène raconteront avoir aperçu une «boule de feu», très lumineuse, lancée à pleine vitesse. Quelques-unes feront aussi état d’une détonation, semblable à celle produite par un avion franchissant le mur du son.

De quoi s’agissait-il? Selon l’American Meteor Society (AMS), un petit astéroïde de moins d’un mètre, probablement un objet double, a pénétré cette nuit-là dans l’atmosphère terrestre et explosé en altitude. Mais ces experts ne peuvent guère en dire plus. Ils n’ont réussi ni à établir la provenance de ce corps dans le système solaire, ni à découvrir l’endroit où il était tombé.

Une telle mésaventure devrait être évitée en France. Une équipe du Muséum national d’histoire naturelle (MNHN), de l’Observatoire de Paris, du CNRS et d’Universités vient, en effet, d’annoncer le lancement d’un ambitieux projet, baptisé «FRIPON», (pour «Fireball Recovery and InterPlanetary Observation Network») visant à doter l’Hexagone d’un réseau unique au monde de «détection des bolides et des boules de feu», ces météores qui, à la différence des étoiles filantes, sont assez gros pour atteindre le sol.

Points de chute

Grâce à une vingtaine de détecteurs radio et à une centaine de caméras, offrant une vue du ciel sur 360°, disséminées sur le territoire français et dans certains Etats voisins dont la Suisse, ces chercheurs espèrent être bientôt en mesure de repérer et de suivre, au besoin sur des centaines de kilomètres, la trace flamboyante produite par ces astres au moment de leur entrée dans l’atmosphère. Avec un double objectif: reconstituer la trajectoire dans l’espace de ces objets avant leur rencontre avec la Terre et déterminer leurs points de chute à 1 km près. L’idée est de partir ensuite à la recherche des météorites, quitte à faire appel pour cela à des volontaires!

C’est ce qu’explique Brigitte Zanda du MNHN: «Une météorite peut apporter autant d’informations sur les astéroïdes que des échantillons ramenés par une mission spatiale.» Ces millions de petits corps rocheux ou cométaires dont 700 000 environ parmi les plus gros sont connus, naviguent, pour beaucoup d’entre eux, dans une région située entre Mars et Jupiter. Classés par familles selon les orbites qu’ils occupent, ils s’écrasent sur notre sol lorsqu’ils croisent le chemin de la Terre.

En théorie, l’analyse des météorites qui en sont les restes pourrait fournir une moisson de renseignements sur leur composition minéralogique, chimique ou isotopique, et permettre de mettre au jour de nouvelles catégories voire d’établir s’ils se regroupent en essaims d’objets de grande taille.

Un voyage mouvementé

Malheureusement, réussir à relier la météorite trouvée au sol à l’astéroïde ou au bolide aperçu dans l’espace, ou dans le ciel, s’avère ardu. En effet, au cours de son voyage mouvementé, l’objet subit toutes sortes de transformations, qui le rendent à chaque étape de moins en moins reconnaissable. Résultat, indique François Colas, de l’Observatoire de Paris: «A quelques exceptions près, on ne sait pas associer à une classe de météorites une famille d’astéroïdes, et encore moins un astre en particulier.»

Et cela même, dans le cas rarissime où la météorite a été récoltée suffisamment vite après sa chute pour ne pas avoir été contaminée par son séjour terrestre! Quant à essayer de suivre de bout en bout l’aventure aérospatiale vécue par l’un de ces objets, la méthode serait affaire de chance. Une seule équipe du SETI (le programme américain de recherche d’une intelligence extraterrestre) a réussi, en 2008, cet exploit. Mais elle avait bénéficié d’un formidable concours de circonstances!

D’où l’idée de revisiter à l’aune des progrès technologiques les vieilles méthodes. Installés en République tchèque, au Canada, en Allemagne, aux Etats-Unis, et en Australie, des réseaux «fireball» («boule de feu») constitués d’abord d’appareils photographiques, puis de caméras automatiques tentent, depuis les années 1950, de saisir l’image des bolides et des boules de feu lorsque, à 100 kilomètres d’altitude, ils pénètrent à une vitesse de 30 à 70 km par seconde dans les hautes couches de l’atmosphère.

Grâce à ces données et en faisant appel à des logiciels sophistiqués tenant compte de la topographie de la région, des vents et même d’une éventuelle fragmentation en morceaux de ces objets, les astronomes qui les utilisent réussissent à déterminer des points de chute. Une quinzaine de météorites ont été récoltées par ce moyen et une vingtaine d’orbites reconstituées!

La participation du public

«FRIPON» prétend faire beaucoup mieux. Le réseau français, entièrement automatisé, a d’abord à son actif d’être le plus dense et le plus étendu du monde. «Il déborde sur des pays voisins comme la Suisse où l’installation de quatre caméras est prévue sur des sites gérés par des amateurs comme celui de l’Observatoire astronomique du Jura à Vicques», explique le passionné suisse Michel Ory, qui est en relation avec l’équipe de «FRIPON».

Il aura ensuite l’avantage d’être équipé d’une vingtaine de récepteurs radio. Branchés en permanence sur le signal du radar militaire français «GRAVES» de surveillance des satellites survolant le territoire de l’Hexagone, ces dispositifs détecteront l’écho des bolides au moment de leur arrivée afin d’établir précisément leur vitesse. Une donnée qui, combinée à d’autres, permettra aux astronomes de reconstituer l’orbite où ils circulaient avant de rencontrer la Terre. Et de là, peut-être, de déterminer la zone du système solaire dont ils sont issus.

Enfin, «FRIPON» pourra compter sur la participation du public mobilisé dans le cadre d’un ambitieux programme de science participative. L’un de ses objectifs est de créer, dans chaque région, des groupes de volontaires prêts à se rendre sur les points de chute, à la recherche des météorites!

Grâce à l’ensemble de ces dispositions, les membres de FRIPON espèrent reconstituer en dix ans l’orbite d’un millier de bolides. Et retrouver une trentaine des 50 à 250 météorites qui selon leurs calculs tomberont sur le territoire français au cours de cette période.

La communauté scientifique suisse pourrait-elle être impliquée? «Ce n’est pas d’actualité, mais il n’est pas interdit de réfléchir à l’idée d’une collaboration tant le projet est enthousiasmant», estime Pierre Bratschi, astronome à l’Observatoire de Genève.

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