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La grippe saisonnière entraîne chaque année une mortalité et des coûts économiques importants qui justifient qu’elle fasse l’objet d’une attention particulière. 
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Épidémiologie

La traque de la grippe progresse sur Internet

Peut-on suivre l’évolution de l’épidémie de grippe saisonnière à l’aide d’outils en ligne tels que les requêtes Google des internautes? Après des débuts chaotiques, il semblerait que oui. Un portail cherche à faire ses preuves en Suisse

La grippe, une recherche internet comme les autres? Plusieurs outils numériques font désormais partie de la trousse des épidémiologistes qui suivent la progression de la maladie saisonnière, à des fins de santé publique et de recherche. Outil collaboratif de surveillance de la grippe, Grippenet est ainsi activé en Suisse et dans neuf autres pays européens, pour la deuxième année consécutive.

La grippe saisonnière entraîne chaque année une mortalité et des coûts économiques importants qui justifient qu’elle fasse l’objet d’une attention particulière. La surveillance des foyers infectieux est aussi primordiale pour identifier l’émergence de nouvelles souches virales potentiellement dangereuses. Le suivi de la maladie est traditionnellement effectué sur la base des informations fournies par les médecins.

Mais divers systèmes participatifs impliquant les internautes ont émergé ces dernières années. Grippenet.ch correspond ainsi à une adaptation du projet européen Influenzanet, qui a déjà prouvé sa capacité à détecter les épidémies de grippe plus rapidement que les systèmes classiques.

A lire sur nos blogs:  Que vous ayez prévu ou non d’attraper la grippe cet hiver, les scientifiques ont besoin de vous

Dirigé par des scientifiques de l’EPFZ et de l’Université de Genève, Grippenet repose sur le principe suivant: après une rapide inscription anonyme, les volontaires doivent répondre à un questionnaire de manière hebdomadaire (ou moins souvent, selon leurs disponibilités) et donner des informations sur leur état de santé: ont-ils récemment ressenti les symptômes de la grippe (fièvre, courbatures, toux, éternuement, fatigue…)? Se sentent-ils malades? Les réponses sont ensuite analysées, l’objectif étant de cartographier le plus précisément possible la progression du virus de la grippe.

Mediaslot: ImageContainer

«Grippenet est encore assez peu connu en Suisse», explique le professeur Marcel Salathé, «digital epidemiologist» à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne. «Mais c’est un système qui fonctionne assez bien pour retracer la présence du virus de la grippe à un moment donné.» Plusieurs questions se posent. Le système, qui repose sur les réponses du grand public, peut-il être considéré fiable? Oui, selon l’expert: «Il y a une corrélation forte entre la présence des symptômes et celle du virus. De plus, ce n’est pas le diagnostic de la grippe que l’on recherche mais plutôt sa présence.»

Le (demi) échec de Google

L’autre limite de ce système pourrait être sa représentativité. Grippenet étant basé sur le volontariat, environ 40 000 personnes y participent chaque année à travers les dix pays européens où il est activé. Un chiffre extrêmement faible comparé aux 511 millions d’Européens. Mais pour Marcel Salathé, «cela reste une source de données relativement importante, en comparaison avec les études réalisées sur le sujet, qui ne regroupent jamais autant de volontaires».

C’est justement le manque de données recueillies par les systèmes de surveillance traditionnels qui a poussé Google à créer son propre outil, en 2008. Le géant du Web a eu l’idée de piocher dans les requêtes de son moteur de recherche pour mettre au point Google Flu Trends. Les premières années ont été spectaculaires. Google s’est vanté de pouvoir prédire très précisément les épidémies grippales, de la même façon que l’agence de santé nationale américaine à travers ses CDC (Centers for disease control and prevention).

Mais en 2015, l’outil est finalement abandonné, car il surestimait les risques. «On n’a jamais su officiellement ce qui s’était passé, mais je pense que cela a fait suite à un problème d’algorithme, qui n’a pas été adapté aux changements des données de recherche [mots-clés recherchés par les internautes, ndlr]. C’est davantage un échec de mise en œuvre que de méthode», détaille Marcel Salathé. Car la méthode, elle, reste valable. Une étude menée en 2015 par l’agence de santé publique suédoise démontre qu’en Suède «l’algorithme de recherche est considéré comme équivalent aux méthodes de recensement classiques de la grippe».

Combiner les données

A la suite de l’abandon de Google Flu Trends, d’autres outils ont pris le relais. Samuel Kou, l’Université Harvard, aux Etats-Unis, a mis au point un modèle baptisé ARGO (AutoRegression with GOogle search data) en 2015. Selon lui, ARGO ferait «mieux que tous les modèles existants de suivi en temps réel de l’épidémie de la grippe». Le secret: reprendre les données de Google non pas brutes, mais les travailler en les croisant avec les informations des CDC, et prendre aussi en compte les habitudes des internautes et la saisonnalité de la grippe.

Même principe pour Flu Near you aux Etats Unis. Le site combine le recueil de données de volontaires (comme Grippenet) via leur site ou leur application, mais aussi les données recueillies par des rapporteurs officiels. Une approche plébiscitée  par Mauricio Santillana de la Harvard Medical School, qui estime que «la combinaison des données sourcées est la clé de la prédiction des épidémies de grippe». Marcel Salathé voit quant à lui encore plus loin: «La prochaine étape est de généraliser le recueil des données depuis les réseaux sociaux. Ils représentent une mine d’informations gratuite, précieuse pour détecter la présence du virus.»

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