Catastrophe

Les trois causes de la canicule russe

Les incendies en cours de Nijni-Novgorod à Saint-Petersbourg résultent de la conjonction de divers phénomènes naturels. Explications

La Russie occidentale est victime de la conjonction de trois phénomènes naturels: de très fortes chaleurs, de faibles précipitations et des vents qui, sans être violents, n’en attisent pas moins les brasiers. De ces différents facteurs, c’est le premier, cependant, qui tient le premier rôle et sort le plus de l’ordinaire.

L’Institut hydrométéorologique de la Fédération de Russie atteste que la chaleur a battu plusieurs records historiques ces dernières semaines dans la région. Et en donne pour preuve les données récoltées à Moscou. Juillet 2010 a ainsi représenté le mois le plus chaud jamais vécu dans la capitale depuis le début des enregistrements météorologiques modernes, il y a 130 ans. Sa température générale y a dépassé la moyenne à long terme de 7,8 degrés, alors que le précédent record, qui datait de juillet 1938, avait affiché un écart de 5,3 degrés.

La dernière semaine du mois a connu les températures les plus élevées, aussi bien l’après-midi (où s’enregistrent les valeurs maximales) qu’en fin de nuit (où se mesurent les minimales). Dans l’après-midi, le thermomètre a affiché plus de 35 degrés pendant plus de 7 jours consécutifs, dont, le jeudi 29, un 38,2 degrés qui fait office de record absolu. Pour référence, la moyenne à long terme de la température maximale dans la région de Moscou est d’environ 23 degrés.

Juste avant l’aube, la température a dépassé sur une longue période les 20 degrés, seuil à partir duquel on parle à ces heures-là de «nuit tropicale». Le 29 juillet, elle a même frôlé les 25 degrés, alors que la valeur moyenne est d’environ 14 degrés. Bref, les minima ont correspondu à des maxima en période habituelle.

Cette canicule a diverses causes. La première est un déplacement d’air chaud en provenance de l’Europe de l’Ouest au début de l’épisode, puis, plus récemment, de la Méditerranée orientale et de la péninsule Arabique, deux régions où s’enregistrent actuellement des températures très élevées (45 degrés il y a quelques jours à Chypre, 48 à 50 degrés en Arabie saoudite et au Koweït).

Or cette masse, rien ne la refroidit en cours de route, remarque Olivier Duding, météorologue à MétéoSuisse. «Sur son chemin, explique-t-il, la mer Noire et la mer Caspienne sont beaucoup trop petites pour jouer le rôle qu’une plus grosse masse d’eau, comme l’océan Atlantique, est susceptible de tenir dans les mêmes circonstances.»

La deuxième cause de la canicule est la présence d’un anticyclone extrêmement stable au-dessus de la Russie occidentale. Un anticyclone, qui a pour effet d’immobiliser depuis des semaines tout cet air chaud. «La caractéristique la plus exceptionnelle de cet événement est sa persistance, analyse Patrick Galois, prévisionniste à Météo-France. L’Europe a connu une petite canicule début juillet mais cela n’a pas duré, alors que là, l’épisode n’en finit pas…»

La troisième raison est le manque de pluie susceptible de rafraîchir quelque peu l’atmosphère. L’anticyclone a pour effet important de s’opposer à la formation de nuages et donc de limiter les précipitations. Alors que la Russie connaît normalement en cette saison une dizaine de jours de pluie par mois, elle n’est actuellement arrosée que par un petit nombre d’orages très localisés.

«Le phénomène se nourrit maintenant lui-même, ajoute Olivier Duding. La sécheresse s’emballe. Les sols toujours plus arides renvoient toujours moins d’humidité et toujours plus de chaleur. Cela dit, un tel engrenage ne peut pas se perpétuer indéfiniment, ne serait-ce que parce que la durée du jour est en phase de décroissance.»

Tout étant lié dans l’atmosphère, la vague de chaud qui sévit en Russie explique certainement pourquoi l’Europe de l’Ouest connaît dans le même temps des températures plutôt fraîches. Et pourquoi plus à l’est, des masses d’air froid descendent d’Asie centrale vers le sous-continent indien et provoquent, au contact de la mousson, de graves inondations au Pakistan.

A une échelle plus large encore, il est possible que le phénomène La Niña qui s’installe depuis la fin de ce printemps sur l’océan Pacifique ait eu des effets en cascade sur le climat global et donc sur le Pakistan, voire même sur la Russie, avance Omar Baddour, responsable de la Division des données climatologiques de l’Organisation météorologique mondiale (OMM).

Quant au changement climatique, s’il n’explique sans doute pas directement la canicule, il est susceptible de l’avoir aggravée. «Sans lui, les mêmes conditions locales n’auraient peut-être pas permis les mêmes records, commente Patrick Galois. Mais il faut rester prudent: le réchauffement global n’a pas élevé les températures moyennes de la Russie de plus de quelques dixièmes de degré ces cinquante dernières années.»

Sur l’influence de La Niña, comme sur celle du changement climatique, Omar Baddour invite lui aussi à la réserve. «Il n’existe pas de conclusions fermes sur le sujet, confie le responsable onusien. Pour élucider la question, les météorologues ont encore beaucoup d’études à mener, notamment des études comparatives intégrant de nouvelles données sur les extrêmes climatiques.»

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