Après avoir été cloîtrés à domicile pendant plusieurs semaines, les travailleurs chinois sont repartis au travail lundi matin. Pékin a levé les restrictions de circulation afin de faire redémarrer l’activité, alors qu’une partie du pays est toujours placée en quarantaine à cause de l’épidémie de coronavirus.

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Le virus 2019-nCov a contaminé plus de 40 000 personnes en Chine et y a fait, selon les derniers chiffres livrés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), 910 morts, soit déjà plus que le SRAS (Syndrome respiratoire aigu sévère) en 2002-2003. Lors d’une conférence de presse, l’OMS a cependant relevé que le nombre de nouveaux cas semblait se stabiliser. Si elle est confirmée, cette tendance pourrait indiquer que le pic épidémique a été atteint.

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Que va-t-il advenir ensuite? Le virus va-t-il continuer à se propager, ou au contraire se faire plus discret? Les épidémiologistes dégagent, sur la base des expériences passées, trois scénarios possibles.

Scénario «SRAS»: la victoire des mesures

Ce scénario dépend entièrement des politiques sanitaires menées par les Etats pour venir à bout du virus, comme ce fut effectivement le cas pour le SRAS. En 2005, l’OMS a édicté son «Plan mondial de préparation à une épidémie de grippe», qui liste une série de mesures à mettre en place aux niveaux national et international, comme l’élaboration d’un plan anti-pandémie, la constitution d’une réserve de matériel et de médicaments, mais aussi la formation du personnel soignant. Si tous les pays s’y conformaient, le coronavirus serait rapidement sous contrôle. Mais tel n’est pas le cas. Selon un rapport indépendant du Global Health Security Index, «moins de 5% des pays dans le monde ont démontré leur capacité à réagir rapidement à une épidémie et à en limiter la propagation». La Suisse se classe 13e dans ce classement, et la Chine est à la 30e place.

Tout n’est pas perdu pour autant. En réponse aux questions du Temps, l’OMS estime «qu’il est encore possible d’interrompre la propagation du virus, à condition que les pays mettent en place des mesures énergiques pour détecter la maladie à un stade précoce, isoler et traiter les cas, retracer les contacts et promouvoir des mesures de distanciation sociale à la mesure du risque». Si les mesures de quarantaine et de restriction des voyages en Chine se prolongent, la transmission du coronavirus peut mécaniquement diminuer puis cesser. C’est ce qui explique que le SRAS n’avait fait qu’un nombre somme toute modéré de victimes avant de s’éteindre.

Scénario «Zika»: l’épidémie dure, puis s’éteint

Dans ce scénario, l’épidémie s’essouffle, faute d’humains à infecter. Michael Mina, épidémiologiste à l’école de santé publique de l’Université Harvard, évoque le profil du Zika, un virus qui s’est propagé en 2015 – 2016 par le biais d’animaux ou de piqûres d’insectes, et qui, après avoir touché la plupart des personnes susceptibles de l’avoir, s’est éteint naturellement à Porto Rico et en Amérique du Sud.

La récente stabilisation des nouvelles infections en serait-elle le témoin? Il est trop tôt pour le dire. Voire, «la contamination pourrait s’accélérer», a récemment indiqué sur Twitter le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. La détection de la maladie à l’étranger chez quelques personnes n’ayant pas voyagé en Chine le pousse à la prudence. «En bref, il se pourrait que nous ne voyions actuellement que la pointe de l’iceberg», estime-t-il.

Les experts sont de son avis: les cas non décelés pourraient multiplier la transmission du coronavirus. Un modèle réalisé par des scientifiques basés à Hongkong et publié dans The Lancet table sur plus de 75 000 personnes contaminées dans la région du Wuhan. «Des épidémies indépendantes et auto-entretenues dans les grandes villes du monde entier pourraient devenir inévitables en raison de l’exportation importante de cas présymptomatiques et en l’absence d’interventions de santé publique à grande échelle», écrivent-ils.

Scénario «H1N1»: le coronavirus entraîne une pandémie

Dans ce troisième scénario, le coronavirus fait le tour du monde, comme lors de l’épidémie de H1N1. L’OMS définit la pandémie comme «l’apparition d’un nouvel agent pathogène qui se propage facilement d’une personne à l’autre dans le monde entier». Nous serions d’après elle actuellement en phase de «prépandémie».

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Ces événements ne sont pas si exceptionnels: ils surviennent à des intervalles de dix à cinquante ans, parfois avec des conséquences dramatiques comme lors de la grippe de 1918, dite «grippe espagnole», qui a fait entre 50 et 100 millions de victimes dans le monde.

Même si l’hygiène et l’accès aux soins sont aujourd’hui radicalement différents du début du XXe siècle, certains scientifiques font des prévisions très alarmistes. C’est le cas d’Eric Toner, chercheur à l’Université Johns-Hopkins à Baltimore. L’année dernière, raconte le magazine New Scientist, il a réalisé un exercice et construit un modèle avec un coronavirus de fiction. D’après ses estimations, après dix-huit mois, celui-ci avait tué 65 millions de personnes. A ce stade, ce ne sont que des mathématiques, car les informations sur le 2019-nCov sont très incomplètes, notamment sur le nombre de patients guéris. Selon les autorités chinoises, 1540 personnes ont été guéries du coronavirus et sont rentrées chez elles – un chiffre probablement sous-estimé.

Et même dans ce «pire» scénario, les experts prédisent que le virus pourrait fortement marquer le pas, sans jamais totalement disparaître. C’est le cas de la grippe A de type H1N1 qui a sévi en 1918 et 2009. «Les virus, à l’image de la grippe saisonnière, ne supportent pas les fortes chaleurs et l’humidité», note Richard Webby, spécialiste de la grippe à l’Hôpital de recherche pour enfants St. Jude, aux Etats-Unis, sur le site spécialisé STAT. Le 2019-nCoV pourrait donc stopper sa course avec l’arrivée du printemps et revenir dès les premiers frimas. De quoi gagner un temps précieux pour mettre au point traitements et vaccins.

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