Catastrophe

Les tsunamis sur les lacs suisses, un risque étudié

Les recherches d’une doctorante rappellent la vague qui a balayé le Léman en 563

Les lacs suisses ne sont pas à l’abri des tsunamis. Les recherches d’une doctorante de l’Université de Genève, Katrina Kremer, viennent le rappeler en documentant l’énorme vague qui a traversé le Léman en l’an 563 de notre ère. Un travail de longue haleine auquel notre confrère 24 Heures a fait écho jeudi.

De quoi s’agit-il? Au cours d’une campagne de sondages et de carottages du fond du Léman, Katrina Kremer a découvert sous plusieurs mètres de sédiments un dépôt de sable sombre de 15 kilomètres de long sur 7 de large. Une masse gigantesque qui a dû se former d’un coup et ne peut que résulter d’un événement exceptionnel. Or, un recours au carbone 14 situe le phénomène entre le IIIe et le VIIe siècle de notre ère, soit à l’époque où a eu lieu le tsunami, unique lui aussi. Il est par conséquent plus que probable que les deux épisodes soient liés.

Comment s’expliquent l’un et l’autre? L’hypothèse la plus courante veut que le tsunami ait résulté de l’effondrement d’une partie du Grammont, une montagne située au-dessus de Saint-Gingolph, dans le massif du Chablais. Le formidable choc a pu causer directement la vague ou alors susciter un glissement de terrain sous-lacustre qui aurait à son tour provoqué le mouvement d’eau.

Les frottements de plaque tectonique et les séismes de forte magnitude sont les principales causes de tsunamis dans les océans. Dans les lacs suisses, les grosses vagues sont causées plus modestement par des éboulements, glissements de terrain sous-lacustres ou éboulements terrestres, produits eux-mêmes par des surcharges ou par des petits tremblements de terre.

Ce genre de tsunamis défraie régulièrement la chronique dans le monde. Un pays comme la Norvège en subit régulièrement le long de ses fjords escarpés et se souvient encore très bien de celui qui l’a frappé au printemps 1934. L’événement, qui a tué 47 personnes, est l’une des pires catastrophes naturelles qu’ait connues le pays au XXe siècle. Autre exemple: l’île italienne de Stromboli, a été frappée en 2002 par une immense vague, après que des glissements de terrain eurent emporté en mer un pan de l’édifice volcanique.

La Suisse a elle-même vécu récemment un épisode du genre. Plusieurs milliers de mètres cubes de roche ont dévalé du Bürgenstock dans le lac des Quatre-Cantons en juin 2007 et provoqué une vague importante qui s’est propagée jusqu’à la rive opposée où elle a inondé des rues du village de Weggis et causé divers dommages matériels.

Les plans d’eau suisses les plus vulnérables aux éboulements et les plus susceptibles de connaître des tsunamis dommageables sont les lacs de barrage cependant. Le risque a été étudié attentivement après l’accident qui a frappé le lac de barrage de Vajont en Italie, il y a une cinquantaine d’années. Accident au cours duquel un glissement de terrain a propulsé l’eau en dehors de son réservoir pour noyer plusieurs villages en contrebas.

Des mesures peuvent-elles être prises afin de minimiser les risques? «C’est le cas lorsqu’un éboulement menace, répond Michel Jaboyedoff, professeur à l’Institut de géomatique et d’analyse du risque de l’Université de Lausanne. Mais lorsqu’il a lieu de manière imprévisible, les dimensions de nos lacs sont trop réduites pour laisser aux autorités compétentes le temps de réagir comme il faudrait.»

«Le risque est très limité, relativise toutefois Paul Dändliker, collaborateur scientifique à l’Office fédéral de l’environnement. Les tsunamis sont rares en Suisse et ne concernent guère que des surfaces réduites. D’autres phénomènes naturels sont beaucoup plus préoccupants. Les inondations, les avalanches et les glissements de terrain causent infiniment plus de dommages et de victimes.»

Les plans d’eau suisses les plus vulnérables et les plus propices aux accidents sont les lacs de barrage

«Les dimensions de nos lacs sont trop réduites pour nous laisser le temps de réagir adéquatement»

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