CLIMAT

Un accord à Paris, et maintenant?

Les 195 Etats présents à la COP21 ont ratifié le premier accord universel de lutte contre les changements climatiques. Reste maintenant à savoir comment ils vont le mettre en application

L’accord sur le climat adopté à Paris samedi à l’issue des deux semaines de négociations a été salué comme un tournant majeur dans la lutte mondiale contre le réchauffement. Alors que le Protocole de Kyoto de 1997 ne concernait que quelques pays développés, ce sont désormais 195 pays représentant 96% des émissions de gaz à effet de serre mondiales qui se sont engagés à agir pour limiter la hausse des températures.

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Ils entendent ainsi éviter les pires dommages des changements climatiques tels qu’anticipés par la communauté scientifique: sécheresses et baisse des récoltes, augmentation du nombre d’événements météorologiques catastrophiques, montée du niveau des océans et submersion des terres côtières, etc. Mais après les applaudissements et les marques de satisfaction de samedi, il va falloir traduire l’accord dans les faits, ce qui représente un défi majeur.

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Au moins 55 pays comptant pour 55% des émissions mondiales

La prochaine étape après l’adoption de l’accord sera sa ratification. Le texte sera ouvert à la signature des pays le 22 avril 2016 à New York, pour une durée d’une année. Il devra être ratifié par au moins 55 pays comptant pour au moins 55% des émissions mondiales.

Les Etats signataires devront par ailleurs transcrire les principes de l’accord de Paris dans leur législation nationale. Une étape qui selon les pays ne va pas nécessairement de soi. Les négociateurs américains en particulier ont été très attentifs à ce que le texte ne comprenne pas d’éléments nécessitant l’approbation du Congrès, opposé à la lutte contre les changements climatiques.

Nous saluons l’objectif inscrit dans le texte de limiter la hausse de la température d’ici à la fin du siècle à 2 °C et si c’est possible 1,5 °C, par rapport aux niveaux préindustriels.

L’un des principaux enjeux des années à venir sera ensuite de faire coïncider les objectifs inscrits dans l’accord avec la réalité de la lutte contre le réchauffement. «Nous saluons l’objectif inscrit dans le texte de limiter la hausse de la température d’ici la fin du siècle à 2 °C et si c’est possible 1,5 °C, par rapport aux niveaux préindustriels, relève Kumi Naido, le directeur de Greenpeace international. L’accord mentionne aussi qu’il faudra atteindre la neutralité dans les émissions de gaz à effet de serre pour 2050. Mais les engagements des Etats sont pour l’heure loin d’être suffisants pour y parvenir! En amont de la COP21, 186 pays ont présenté des promesses pour réduire pour leurs émissions de CO2. Cependant, d’après les estimations, ces efforts ne permettent pas de respecter le seuil des 2 °C. Ils mènent plutôt vers un réchauffement de l’ordre de 3 °C.

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Un premier inventaire des promesses des Etats en 2018

Pour intensifier la réduction des émissions de CO2 au niveau mondial, le texte prévoit un premier inventaire des promesses des Etats en 2018, avec l’espoir qu’elles gagnent en ambition. Samedi, à la tribune de la conférence de Paris, François Hollande a d’ailleurs appelé «les pays qui veulent aller plus loin» à réactualiser leurs engagements avant 2020.

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«Il est essentiel que les Etats agissent avant cette date si on veut conserver une chance de rester sur la trajectoire de réchauffement qui figure dans l’accord», souligne Patrick Hofstetter, du WWF Suisse. Il précise que la prochaine conférence climatique COP22, qui se tiendra à Marrakech en novembre 2016, sera la prochaine étape importante après l’accord de Paris.

Pas de sanction

A partir de 2020, date d’entrée en vigueur du texte, les pays devront présenter de nouveaux objectifs de réduction d’émissions tous les 5 ans, avec l’impossibilité de les revoir à la baisse. Le texte ne prévoit toutefois pas de sanction en cas de non-respect des engagements, comme c’était le cas du Protocole de Kyoto. «Son aspect contraignant vient notamment de l’obligation faite aux signataires de communiquer un objectif de réduction des émissions, de faire réviser leurs engagements à intervalle régulier et de les présenter à la communauté internationale», explique Sébastien Bloch, expert juridique à l’Office fédéral de l’environnement, qui faisait partie de la délégation suisse à la COP21.

Reste à savoir comment les pays vont s’y prendre pour tenir leurs engagements, qui impliquent une profonde mutation des modèles énergétiques. «Tendre vers un réchauffement de moins de 2 °C, a fortiori de 1,5 °C, implique de basculer vers des sources d’énergie non carbonées en renonçant à l’extraction d’une grande partie du charbon du pétrole et du gaz naturel», souligne Christian de Perthuis, titulaire de la chaire d’économie du climat à l’Université Paris-Dauphine, qui regrette que l’accord ne retienne pas le principe d’une tarification internationale du carbone.

John Kerry en appelle à l’économie

Dans son discours prononcé après l’adoption de l’accord de Paris, le secrétaire d’Etat américain John Kerry a souligné que les décisions les plus importantes dans la lutte contre le réchauffement ne viendraient pas des Etats mais du milieu des affaires, qui dispose désormais d’un signal clair de l’engagement international en faveur des énergies renouvelables.

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«Il est clair qu’on ne pourra pas abandonner les énergies fossiles du jour au lendemain, particulièrement dans certains pays émergents où elles jouent un rôle prépondérant. Mais l’accord de Paris va accroître l’innovation technologique dans les énergies renouvelables, qui ont déjà beaucoup progressé», analyse Joëlle Noailly, spécialiste de l’économie verte au Graduate Institute de Genève. Les énergies solaires et éoliennes en particulier n’ont pas attendu l’accord de Paris pour décoller, avec un développement très fort ces dernières années notamment en Chine.

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