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«En cas de réussite, ce dont je suis convaincu, nous pourrons le reconduire et l’ouvrir à d’autres», affirme Mathias Zingg, responsable des sinistres et membre du comité directeur de Bâloise.
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Assurance

Un avion pour protéger de la grêle

Assurance Bâloise teste un appareil qui diffuse de l’iodure d’argent dans les nuages pour empêcher la formation de grêlons. Si la méthode ne semble poser aucun problème pour l’environnement, son efficacité, elle, est contestée

Le groupe Bâloise Assurances ne veut pas faire la pluie et le beau temps. Seulement prévenir la grêle. Il a présenté jeudi à la presse son nouvel outil: un avion anti-grêle, qui décollera de l’aérodrome de Birrfeld (Argovie) lorsqu’un orage se prépare afin d’ensemencer les nuages.Ce monomoteur Cessna 182 permet de pulvériser un mélange d’acétone et d’iodure d’argent dans des nuages identifiés grâce à un service de météorologie en Allemagne.

Un avion spécial

Le procédé consiste à transformer la grêle en cristaux de glace de façon à ce qu’ils fondent avant d’arriver au sol. Quatre pilotes, fournis par une entreprise allemande, tout comme l’avion, doivent se relayer de mai à septembre, période propice à ce genre d’intempéries. L’opération coûtera quelque 600 000 francs sur trois ans.Un montant limité, en regard des ardoises laissées par la grêle. D’après l’assureur, les dégâts se chiffrent en dizaines de millions de francs chaque année. L’un des orages les plus dévastateurs, en juin 2013 dans le canton de Vaud, avait entraîné une facture totale de plus de 100 millions. Manque de chance, l’avion ne couvrira que la Suisse alémanique pendant la période de test.

Aucune preuve d’efficacité

Le groupe conduit ce projet de son côté. «En cas de réussite, ce dont je suis convaincu, nous pourrons le reconduire et l’ouvrir à d’autres», affirme Mathias Zingg, responsable des sinistres et membre du comité directeur de Bâloise. Se reposant sur des tests réalisés en Allemagne, au Canada et aux Etats-Unis, il estime que cette méthode permet de réduire jusqu’à 50% les orages de grêle. «Si nous pouvons réduire les dommages de 5 à 10% par an, ce sera déjà une victoire», estime le responsable.
Problème, les experts sont plus que sceptiques face à ce procédé. «Aucune étude sérieuse n’a prouvé l’efficacité de cette méthode», contredit François Bouttier, un chercheur à Météo-France qui s’occupe des développements de prévision numérique du temps. 

Mathias Zingg balaie la critique, jugeant que ces études portent surtout sur des canons propulsant la solution avec moins de précision qu’un avion et que, si les experts doutent, les agriculteurs sont généralement positifs. Qu’il s’agisse de canons, de fusées – d’ailleurs utilisées pour protéger les vignobles de Lavaux – ou d’avion, cette méthode existe déjà depuis des décennies. Les premières tentatives remontent 
à après la Première Guerre 
mondiale.

«Opération de communication»

Frédéric Glassey n’est pas plus convaincu: «Je demande à voir, mais cela ressemble surtout à une opération de communication», considère le directeur de la météorologie chez MeteoNews. La démarche, coûteuse, risque d’offrir des résultats très relatifs: «Quand les pilotes devront décoller, auront-ils le temps de le faire, sachant qu’une cellule orageuse se développe en général très rapidement?» s’interroge-t-il. «Et comment choisiront-ils où intervenir si plus d’une cellule se développe? En fonction du nombre de clients par région?» poursuit-il. Enfin, si le pilote présent à Birrfeld a assuré qu’il ne court aucun danger en allant se frotter aux nuages orageux, Frédéric Glassey doute et prévoit qu’il «risque d’être soumis à d’importantes turbulences».

Restent les dangers pour l’environnement de la diffusion d’iodure d’argent. Le groupe Bâloise est formel, il n’y en a pas; il se fie à une étude réalisée par Stephan Krähenbühl, responsable de l’institut de toxicologie de l’Hôpital universitaire de Bâle. François Bouttier abonde: «C’est un produit toxique à haute dose, mais dans ce cas les quantités sont trop faibles et trop dispersées pour présenter un quelconque risque pour l’environnement ou l’être humain.»

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