Des cartons et encore des cartons. Eparpillés dans la salle d’exposition temporaire du Musée de zoologie de Lausanne, ils regorgent d’insectes épinglés et de souris empaillées. Mais aussi de photos et de matériel scientifique. L’ensemble est soigneusement présenté et accompagné de panneaux explicatifs. Le but de cette installation? Représenter l’arrivée au musée d’une nouvelle collection. Et ainsi, faire découvrir au public deux des principales missions de l’institution: la conservation et l’étude des échantillons qui y sont déposés.

A l’origine de cette exposition intitulée Bêtes en stock, il y a quatre nouvelles collections de grande ampleur récupérées par le Musée de zoologie au cours de ces quatre dernières années. Elles sont venues s’ajouter aux quelque 150 000 spécimens et objets appartenant déjà aux collections du musée. «Seule une minuscule partie de ce patrimoine est exposée», précise Anne Freitag, la commissaire de l’exposition. Par manque de place, ou parce que ces objets sont soit trop précieux, soit peu intéressants pour le grand public, la plupart d’entre eux sont stockés dans les locaux du musée au Palais de Rumine, ou dans un dépôt situé à Lucens.

Les collections présentées dans le cadre de Bêtes en stock donnent une idée de la diversité des échantillons protégés par le musée. Des bocaux transparents renferment des musaraignes conservées dans l’alcool. Elles voisinent avec d’autres petits rongeurs «mis en peau», c’est-à-dire taxidermisés de manière sommaire, afin d’en préserver les principales caractéristiques. «Cette collection de «micro-mammifères» a été offerte au musée par deux professeurs de l’Université de Lausanne récemment partis à la retraite. Ils ont mis 35 ans à la rassembler», relate Anne Freitag. Elle comprend également un type d’échantillons plus moderne: des morceaux de foie récupérés sur les animaux et conservés au frais, ce qui permet de récupérer du matériel génétique.

L’exposition fait aussi la part belle aux insectes, avec deux collections réalisées par des entomologistes amateurs mais éclairés. De fantasques papillons aux couleurs chatoyantes s’alignent ainsi dans des cadres accrochés au mur: ce n’est qu’une petite partie des quelque 55 000 insectes de Suisse et du reste du monde collectionnés par James Rochat, ancien directeur des Ecoles de Rolle. Aujourd’hui trop âgé pour s’occuper de ses insectes, il a choisi de les offrir au musée: «Cette collection, c’est toute une partie de ma vie. J’aurais pu la vendre, mais seuls certains spécimens ont de la valeur, et je souhaitais qu’elle soit conservée dans son intégralité», explique-t-il.

«Il nous arrive d’acheter des collections, indique Anne Freitag. Mais nous n’en évaluons pas le prix en fonction du marché des collectionneurs. Pour nous, c’est la valeur scientifique des échantillons qui importe.» Ce qui intéresse particulièrement les biologistes, c’est que chaque spécimen soit accompagné d’informations sur son origine et les conditions de sa récolte. C’est le cas de la collection de James Rochat, mais aussi de celle du maraîcher horticulteur Albert Sermet. Egalement présentée dans Bêtes en stock, elle renferme 6 000 papillons et 35 000 coléoptères; des scarabées de toutes tailles, aux étonnantes couleurs métallisées, sont d’ailleurs à découvrir dans l’exposition. Enfin, la dernière collection présentée est d’un genre un peu particulier: elle comprend 42 000 photographies prises au cours des années 1960 et 1970 par Fritz Wollmar, le premier directeur du WWF International, dans des parcs nationaux. Quelques-uns de ces clichés sont visibles dans l’exposition.

Lorsque celle-ci sera terminée, la plupart des objets présentés rejoindront les stocks du musée. Pour y être «enterrés»? Certainement pas. «Nos collections sont régulièrement consultées par des scientifiques du monde entiers», affirme Anne Freitag. Ils viennent notamment consulter les «types» conservés au musée, c’est-à-dire les animaux qui ont été pris comme modèles pour décrire leur espèce. Le Centre suisse de cartographie de la faune, basé à Neuchâtel, utilise pour sa part la collection d’Albert Ansermet, afin d’évaluer la répartition dans le pays de certains insectes qui vivent dans le bois. Afin de mieux faire connaître ses collections, le Musée de zoologie a décidé d’en établir le catalogue. Un travail colossal, qui ne fait que commencer.

Bêtes en stock . Du 25 mai 2013 au 12 janvier 2014, Musée de zoologie, Palais de Rumine, Lausanne. Fermé le lundi. Infos: www.musees.vd.ch/musee-de-zoologie/

«Nos collectionssont régulièrement consultéespar des scientifiquesdu monde entier»