Les mesures de déconfinement qui doivent débuter ce lundi et le faible nombre de personnes immunisées face au Covid-19 font craindre une deuxième vague de contamination. Pour contenir l’apparition de nouveaux foyers épidémiques, un essai clinique suisse va se pencher sur l’identification d’un traitement préventif contre la maladie. Annoncé dans un communiqué ce jeudi, il sera mené par les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), l’Hôpital universitaire de Bâle et l’Institut tropical et de santé publique suisse (Swiss TPH).

A la différence des essais cliniques Discovery, mené au niveau européen, et Solidarity, entrepris par l’OMS, cette nouvelle étude ne s’intéresse pas au traitement mais à la prévention de la maladie. «Nous nous adressons à des personnes qui n’ont pas de symptômes, mais qui ont eu des contacts avec des personnes diagnostiquées positives», détaille Alexandra Calmy, médecin-cheffe de l’unité VIH du service des maladies infectieuses des HUG, qui dirige cette étude.

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Trois semaines après le début de l’étude, les participants seront contrôlés pour voir s’ils ont ou non développé la maladie et, en cas d’infection, son degré de sévérité. «Si l’un des deux médicaments ou les deux se révélaient efficaces, cela nous permettrait de réagir rapidement lorsque de nouveaux cas apparaîtront. Nous pourrions ainsi atténuer les deuxième et troisième vagues tant redoutées de la pandémie», souligne dans le communiqué Niklaus Labhardt, chef du groupe de recherche à l’Institut tropical et de santé publique suisse et médecin à̀ l’Hôpital universitaire de Bâle.

Notre idée est d’intervenir très tôt dans la maladie, comme c’est le cas dans d’autres épidémies

Alexandra Calmy

Une intervention rapide contre la maladie

Cet essai concerne donc des personnes ayant été en contact avec un malade dans le cadre familial ou de leur travail, notamment le personnel soignant. Cette notion de contact s’appuie sur les critères de l’OFSP, c’est-à-dire s’être tenu à moins de deux mètres d’un malade pendant plus de quinze minutes.

«Les patients seront testés au cours de l’étude, certains seront donc peut être porteurs sans le savoir, précise Alexandra Calmy. Notre idée est d’intervenir très tôt dans la maladie, comme c’est le cas dans d’autres épidémies à l’instar de la PEP (prophylaxie post-exposition) pour le VIH.» Les prophylaxies post-exposition sont des traitements préventifs administrés rapidement après un risque d’infection pour tenter d’empêcher le virus de s’installer dans l’organisme.

Baptisé CoPEP, cet essai clinique doit prendre en compte environ 400 personnes. Elles seront réparties aléatoirement dans trois groupes suivant des traitements différents: l’hydroxychloroquine, déjà utilisée contre la malaria et certaines maladies auto-immunes, et l’association lopinavir-ritonavir qui est utilisée contre le VIH. Comme ces deux premiers groupes de patients, le troisième bénéficiera d’une surveillance clinique étroite, avec un questionnaire quotidien à remplir, mais aucun médicament ne lui sera administré.

Identifier une solution simple

L’administration d’hydroxychloroquine doit prendre la forme d’une prise unique, contre cinq jours de traitement pour l’association lopinavir-ritonavir. Cette distinction s’explique par les différences de demi-vie (temps mis pour perdre la moitié de leur activité pharmacologique) de ces substances. Ces doses correspondent aux recommandations de traitement en cours aux HUG.

Contrairement à d’autres essais, l’hydroxycloroquine n’est, ici, pas associée avec l’azithromycine (antibiotique utilisé notamment contre les infections des voies respiratoires) et le remdésivir (un autre antiviral utilisé contre Ebola) n’a pas été inclus. «L’idée pour nous était d’avoir un modèle de simplicité, pour que le traitement puisse être généralisé ensuite, détaille Alexandra Calmy. Le remdésivir par exemple s’administre par voie intraveineuse, ce qui obligerait le patient à venir tous les jours à l’hôpital. Si un de ces traitements fonctionne, il faut que les gens puissent le prendre facilement.»

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L’utilisation de l’hydroxychloroquine dans le traitement des malades fait par ailleurs toujours l’objet de débat quant à son efficacité. De premières études sur le sujet commencent à être rendues publiques, avec des résultats mitigés quant au traitement des malades.

Une synthèse publiée par le service de pharmacologie et toxicologie cliniques des HUG compile ces études et met en évidence leurs biais méthodologiques. Elle insiste aussi sur la nécessité d’attendre les résultats des essais cliniques de grande ampleur en cours. Cette nouvelle étude menée en Suisse, qui doit durer de quatre à six mois, pourrait apporter de nouveaux éléments de réponse concernant son utilisation en prévention de la maladie.