Imaginons un instant une expérience de santé publique géante sur le Covid-19. Le protocole est simple, et tout le monde participe sans exception.

Si vous êtes âgé ou malade chronique, vous restez enfermé chez vous. Courses livrées à domicile, plus de sortie, plus rien. Si vous êtes plutôt en bonne santé, vous pouvez vaquer normalement à vos occupations. Restaurants, cinémas, open spaces, matchs de football, tout! Qu’importe le Covid-19, car on vous assure que vous ne courez de toute façon aucun risque, ou presque.

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Après un certain temps (totalement inconnu mais sans doute très long), les organisateurs de cette étude clinique procéderont à un double décompte: celui de la part de la population «libre» qui a été immunisée au coronavirus après guérison, et celui des morts. Oui, parce qu’il y en aura nécessairement. Et les personnes âgées? Elles pourront sortir de nouveau… du moins celles qui seront toujours en vie.

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Qui voudrait sérieusement jouer au cobaye dans cette expérience imaginaire? Peu de monde a priori. C’est pourtant, en exagérant certes un peu les traits, ce que proposent les partisans d’un arrêt quasi généralisé des mesures sanitaires. Ce principe ferait certes circuler le virus, mais, estiment-ils, permettrait surtout à la population en bonne santé d’acquérir rapidement une immunité collective, barrière efficace à la propagation de l’épidémie.

Vernis de science

Ce discours, répété depuis le printemps dernier, ne repose sur rien d’éthique comme on vient de le voir, pas plus que sur des données scientifiques, tant les incertitudes sont nombreuses au sujet de cette fameuse immunité.

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L’écho positif qu’il rencontre, jusqu’à la Maison-Blanche, est aussi regrettable qu’inquiétant. Une fois de plus, la science de caniveau brouille le vrai débat à tenir, à savoir comment résister, ensemble, jusqu’à la fin de l’épidémie. Résister en protégeant les hôpitaux et les plus vulnérables, mais aussi en sauvegardant au mieux les systèmes économiques, au lieu d’opposer ces deux notions.

Les sciences sont là pour éclairer les décisions qui doivent être prises. Pas pour griffonner sur un coin de nappe des idées inabouties, sous un vernis de science en guise de cache-misère, tout en mettant en péril la vie de centaines de milliers de personnes et la santé économique d’Etats entiers.

Lire les chiffres du Covid-19

  • Les cas confirmés en laboratoire sont un indicateur de l’évolution de l’épidémie, mais ne représentent qu’une partie des cas réels.
  • Le nombre de cas confirmés est lié au nombre de tests, puisqu’il s’agit des résultats positifs. En Suisse, les chiffres ne sont plus publiés les samedis et dimanches: le bilan du lundi porte sur trois jours.
  • Les pays et cantons réajustent constamment les bilans des jours précédents, voire des mois précédents.
  • Il est très difficile de compter et dater les guérisons. Cette statistique est le plus souvent indisponible ou lacunaire.
  • L’attribution de décès au Covid-19 suit des règles différentes selon les pays.