Elle serait la seconde personne au monde à avoir complètement et naturellement éliminé toute trace du VIH de son organisme. Son histoire est relatée par une équipe de chercheurs argentins et américains dans un article paru le 16 novembre dans la revue Annals of Internal MedicineTout indique que cette patiente, originaire d’Argentine, a réussi à développer une immunité stérilisante, capable de totalement et définitivement éradiquer le VIH.

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Testée positive pour le VIH en 2013, cette patiente est parvenue à se débarrasser du virus sans aucun traitement antirétroviral. Elle n’a pas non plus bénéficié d’une greffe de moelle osseuse, comme cela avait été le cas pour deux patients qui, en plus d’être infectés par le virus du sida, étaient leucémiques. Ces derniers avaient en effet reçu une greffe de cellules souches hématopoïétiques pour repeupler, après chimiothérapie, leur organisme en globules blancs, globules rouges et plaquettes. Les donneurs présentaient alors une particularité génétique: leurs cellules souches étaient en effet dépourvues du récepteur CCR5, qui permet normalement au VIH de rentrer dans les cellules qu’il infecte. Ces patients, devenus résistants au VIH après l’allogreffe, ont été dénommés «patient de Berlin» et «patient de Londres».

Multiples tests négatifs

Avec la patiente argentine, c’est la deuxième fois que des chercheurs mettent en évidence une éradication naturelle du virus, sans aucune intervention médicale. Le premier cas concernait une femme de 67 ans, Loreen Willenberg, chez qui aucune séquence génétique du virus n’avait été détectée après analyse de 1,5 milliard de cellules sanguines circulantes. Cette Californienne est ainsi parvenue à contrôler le virus pendant près de trois décennies sans prendre d’antirétroviraux.

Dans le cas qui nous concerne, la patiente avait 30 ans lorsqu’elle apprend qu’elle est infectée à l’occasion d’un test de dépistage. Elle n’a été traitée par trithérapie que pendant six mois, entre septembre 2019 et mars 2020, lors d’une grossesse. Il s’agissait d’empêcher la transmission du virus de la mère à l’enfant. À la naissance du bébé, séronégatif pour le VIH, la mère a interrompu le traitement antirétroviral.

Entre-temps, les médecins de l’Université de Buenos Aires avaient constaté que tous les examens de quantification de la charge virale se révélaient négatifs. Pendant les huit années qui ont suivi la découverte de la séropositivité, le virus n’a pas été détecté à dix reprises. La patiente n’a en outre présenté aucun symptôme, ni anomalie biologique, indiquant qu’elle aurait présenté une infection par le VIH.

Les chercheurs argentins et américains n’ont pas lésiné sur les moyens pour tenter de débusquer le VIH, dont on sait qu’il peut rester tapi au sein des cellules, dans leur ADN. Malgré l’analyse de près de 1,5 milliard de cellules sanguines circulantes, les équipes de Natalia Laufer (Université de Buenos Aires) et de Xu G. Yu (Ragon Institute of the Massachusetts General Hospital) ne sont pas parvenues à détecter la moindre séquence génétique du VIH.

Plus fort encore que les «contrôleurs d’élite»

A noter qu’il existe encore une autre catégorie de patients, que l’on appelle fréquemment «contrôleurs d’élite». Ces personnes, qui représentent moins de 1% des individus infectés par le VIH, parviennent à contenir l’infection car ils possèdent des lymphocytes T CD8 capables de détruire des lymphocytes T CD4 infectés. Or, il s’avère que le système immunitaire de la patiente argentine fait encore mieux que celui de ces patients. Celle-ci est en effet non seulement parvenue à contrôler l’infection mais a également réussi à l’éradiquer totalement. Pas une seule particule virale n’a été repérée sur les 150 millions de lymphocytes T CD4 analysés.

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Se pourrait-il que cette patiente ait été infectée par une souche virale incapable de se répliquer ou par un virus peu virulent? Tel ne semble pas être le cas au vu des données de biologie moléculaire. Ses cellules immunitaires présenteraient-elles une résistance intrinsèque au VIH? Les chercheurs ont montré que celles-ci sont porteuses des récepteurs impliqués dans l’entrée du virus, puisque lorsqu’elles ont été cultivées in vitro en présence du virus, les lymphocytes ont rapidement été infectés. Tout semble donc indiquer que le système immunitaire peut parfois parvenir à éliminer totalement le virus de l’organisme.

Si tout semble donc indiquer que le système immunitaire peut parfois parvenir à éliminer totalement le virus de l’organisme, il n’est cependant pas possible de l’affirmer formellement. En effet, comme le font remarquer les auteurs de l’article, si les techniques actuelles permettent de montrer qu’un individu est infecté, il n’est en revanche pas possible de dire avec certitude qu’il ne l’est pas. Pour autant, les chercheurs estiment que l’on ne peut «actuellement exclure l’hypothèse selon laquelle cette patiente a réussi à obtenir une guérison stérilisante». Reste qu’on ignore quels sont les mécanismes immunologiques à l’œuvre.

A la demande des chercheurs, cette femme, originaire d’Esperanza, a accepté d’être présentée, à l’instar des patients de Londres et de Berlin, comme la «patiente Esperanza», afin de délivrer «un message d’espoir dans la recherche d’un traitement de l’infection par le VIH».