Pour un navire qui compte faire le tour du monde grâce à la seule énergie solaire, le catamaran de PlanetSolar n’a rien d’un bateau-mouche. Avec son design futuriste et ses 31 mètres de long, pour 15 de large et 7,5 de haut, il se situe plutôt quelque part entre le vaisseau de Dark Vador et le yacht d’un rappeur américain. Mais pas question de profiter des 500 m2 de pont pour bronzer: l’espace est entièrement réservé aux capteurs photovoltaïques. Présenté hier dans une halle du chantier naval de Kiel, le bateau devrait être terminé et mis à l’eau dans les semaines qui viennent.

Le «rêve» du Neuchâtelois Raphaël Domjan, qui a lancé ce projet à 25 millions de francs en 2004, a enfin pris forme. Ressemble-t-il à ce qu’il s’était imaginé? Non, pas tellement. Il voyait plutôt un trimaran. Plus petit aussi. «Ce bateau est très orienté vers sa seconde vie, commente son futur copilote, Gérard d’Aboville, qui s’est fait connaître en traversant le Pacifique à la rame en 1991. Une fois le tour du monde fini, il servira de yacht futuriste de luxe.»

C’est en effet la volonté de son propriétaire, le richissime investisseur allemand Immo Ströher. L’homme d’affaires explique qu’il compte transformer un peu le bateau pour le louer à des groupes, afin de promouvoir l’utilisation commerciale des énergies renouvelables. Avec une surface intérieure de plus de 200 m2, le bâtiment peut actuellement accueillir une quarantaine de personnes, quinze confortablement. Mais pour le tour du monde, les navigateurs ne seront que trois ou quatre. «Le bateau est prévu pour transporter des passagers, poursuit Gérard d’Aboville. Personnellement, j’aurais imaginé quelque chose de plus dépouillé et de plus performant. Mais grâce à cette orientation, il ne finira pas dans un musée!»

Comme pour tout engin solaire, le défi principal demeurait la nécessité de construire une structure qui soit suffisamment résistante tout en restant la plus légère possible, explique le constructeur naval Steffen Müller, de Knierim Yachtbau, qui présente fièrement son équipe aux manches encore retroussées.

Les dernières semaines ont été rudes. Au final, le «monstre» pèse 65 tonnes, dont 13 de batteries. Il dispose d’un tout nouveau système de propulsion, qui a fait tourner ses deux hélices hier matin pour la première fois. La modulation de leurs vitesses permettra de diriger le navire, comme le visiteur pouvait hier s’entraîner à le faire sur un simulateur. Spécialisé dans les bateaux à voile de course, Steffen Müller dit avoir beaucoup appris de ce projet: «C’était mon premier bateau solaire, j’espère que ce ne sera pas le dernier!»

L’allure moyenne devrait être de 15 km/h, avec des pointes à 26 km/h. Mais de nombreux tests attendent le bateau, dès qu’il entrera dans l’eau. Au cours de l’été, une tournée en Méditerranée doit permettre de faire connaître le projet et de promouvoir les énergies renouvelables. Et ce n’est qu’en avril 2011 qu’il devrait se lancer dans son tour du monde: quelque 40 000 kilomètres, en restant proche de l’équateur et de son ensoleillement avantageux. Départ de la Méditerranée, direction New York, puis le canal de Panama, San Francisco, Brisbane, Singapour, Abu Dhabi et, enfin, le canal de Suez.

Combien de temps le voyage va durer? «On ne sait pas, avertit Gérard d’Aboville. On vous le dira après les tests.» Estimation actuelle: il faudra environ 150 jours pour faire la boucle. «C’est le début des éco-aventures, sourit Raphaël Domjan. Avant il fallait aller plus vite, plus loin, explorer des terres inconnues. Aujourd’hui, le but c’est de montrer une nouvelle façon de voyager.»

La façon de naviguer reste aussi à inventer: «On sait ce que l’on a dans les batteries mais pas ce que l’on va obtenir, souligne Gérard d’Aboville. On peut essayer de le deviner et adapter notre vitesse et notre route pour, par exemple, contourner des nuages ou les traverser de nuit.» Pendant la journée, le bateau emmagasinera l’énergie nécessaire pour poursuivre son chemin durant les heures d’obscurité. L’autonomie du navire est de trois jours «d’éclipse totale», soit environ 1200 km. Et s’il devait ne plus rester d’énergie du tout? «Il suffit d’attendre que le soleil revienne», sourit le marin.