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Un igloo lunaire sous les glaces du Cervin

Portées par le Swiss Space Center, treize universités, dont l’EPFL, vont bâtir un igloo dans le glacier du Cervin afin de tester des technologies qui seront un jour utiles à l’établissement d’une communauté sur la Lune, et au-delà

Un petit pas vers un village lunaire, un grand pas pour le Swiss Space Center. L’institution a été sélectionnée pour chapeauter le projet de recherche Igluna, un igloo de démonstration enfoui sous le glacier du Cervin et censé servir de plateforme technologique pour tester la construction de bâtiments sur la Lune et plus largement l’établissement d’une communauté spatiale, comme l’a imaginé le directeur de l’Agence spatiale européenne (ESA), Jan Wörner.

Lire l’interview de Jan Wörner: «Ma vision? Créer un village lunaire, avec d’autres nations»

Quelque 190 étudiants d’horizons multiples – ingénierie, architecture, robotique ou encore agriculture – issus de treize universités suisses et étrangères, dont l’EPFL, l’EPFZ ou encore l’Université de Lucerne, vont s’approprier le projet. Répartis en plusieurs groupes de travail, ils ont jusqu’à l’été prochain pour finaliser leur igloo et le tester en conditions extrêmes.

Un challenge interdisciplinaire observé par l’Agence spatiale européenne, qui attend beaucoup de l’aventure sur le plan académique, technique et scientifique. «Le défi d’un habitat isolé dans la glace a des applications pour les bases lunaires et martiennes du futur, mais aussi pour des technologies durables sur terre», raconte Bernard Foing, scientifique à l’ESA et responsable de SMART-1, la première mission européenne sur la Lune en 2003. Avec d’autres professeurs de renom, il supervise le programme jusqu’à la simulation grandeur nature prévue en juin 2019.

Le pôle sud de la Lune contient six cratères de glace. Leur taille permettrait de bâtir un village

Tatiana Benavides, responsable du projet Igluna

Du Cervin à la Lune

La simulation s’articulera durant deux semaines intensives afin de donner naissance à une maison de 30 m² environ. Un pied-à-terre, plutôt lunaire, construit dans la glace pour ses ressources illimitées en eau et en oxygène. «Durant les premières sessions d’échange, les étudiants ont décidé d’enfouir l’igloo sous la surface pour le protéger des radiations, des micrométéorites et bénéficier de températures stables», commence Tatiana Benavides, responsable du projet et manager du hub zurichois du Swiss Space Center.

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Pour simuler l’environnement lunaire, le glacier du Cervin est apparu comme la solution parfaite. «Une certitude à l’heure actuelle, c’est que le pôle sud de la Lune contient six cratères de glace. Leur taille permettrait de bâtir un village», continue-t-elle. Le glacier comporte déjà un Palais de glace avec des grottes et tunnels creusés à 15 mètres de profondeur pour accueillir notamment des expositions de sculptures de glace. Une partie de cet espace sera mise à disposition du projet par la société Zermatt Bergbahnen.

Astronautes… à l’hôtel

L’espace de vie clos sera doté d’une chambre à coucher, d’un module de production alimentaire, d’un WC prototype et d’un centre de recherche pour récolter des données. Un petit laboratoire idéal pour les analyses in situ, même si les participants ne pourront pas dormir sur place mais à l’hôtel.

Sur nos blogs: Un «Mars Village» plutôt qu’un «Moon Village»

Ce travail de longue haleine comptera par contre pour leur cursus. Thomas Verduyn, 25 ans, étudiant en systèmes d’information à la Faculté des hautes études commerciales de l’Université de Lausanne, pourrait lui aussi faire valider son expérience, grâce à son implication volontaire dans Igluna. Et ce, même si son université n’est pas associée au projet. Membre du groupe Agriculture et Green House, il réfléchit à la nourriture des futurs habitants de l’igloo.

«On aimerait bien créer une tour de 4 mètres pour faire pousser en cycle fermé d’hydroponie des salades, épinards, pommes de terre et même des tomates, explique le jeune homme. On réfléchit aussi à la solution des semences naines développées dans les projets aérospatiaux – soit des plantes génétiquement modifiées qui utilisent moins de ressources énergétiques.» La vraie difficulté de son équipe de recherche réside dans le fait qu’ils ont peu de temps sur place. C’est pourquoi ils comptent faire germer les plantes sous serre avant de les transporter au Cervin au début de l’été prochain.

D’autres villages

Financé par chaque université, mais aussi en partie par le Swiss Space Office, Igluna – qui continue de faire appel à des sponsors – n’est évidemment pas le seul prototype d’habitat spatial en cours de réalisation. Des initiatives similaires, bien plus avancées, fusent. «Il en existe par exemple dans notre groupe EuroMoonMars qui compte de nombreux partenaires. En Pologne, Lunares aussi cherche à simuler la vie sur la Lune ou HI-SEAS à Hawaï pour la cohabitation sur Mars, pour ne citer qu’elles», précise Bernard Foing.

Quoi qu’il en soit, depuis septembre, le compte à rebours a commencé pour ces 190 étudiants, prochaine génération à maîtriser les outils technologiques pour concrétiser l’aventure humaine dans l’espace. Et comme 2019 signe l’anniversaire des 50 ans du premier homme sur la Lune, le Swiss Space Center promet d’ouvrir les portes d’Igluna au public pendant les tests en juin. Histoire d’explorer le potentiel appartement des colonisateurs du satellite de la Terre.

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