Les pierres levées du site de Stonehenge dans le sud de l’Angleterre attirent chaque année plus d’un million de visiteurs. Il ne s’agit cependant pas du seul monument datant du Néolithique (période préhistorique s’achevant avec le début de l’Age du bronze) présent dans la région. Lundi, l’université écossaise de St Andrews annonçait dans un communiqué que des archéologues avaient identifié une structure circulaire de 2 kilomètres de diamètre entourant le site de Durrington Walls, situé à environ 3 kilomètres de Stonehenge. Les résultats de leurs recherches ont été publiés en ligne le 21 juin sur l’Internet Archaeology.

Selon l’équipe de chercheurs issus de différentes universités britanniques, cette structure prend la forme d’une série d’au moins 20 fosses de 10 mètres de diamètre et d’une profondeur d’environ 5 mètres, mais leur nombre pourrait être plus important. Leur utilité reste encore inconnue mais selon une hypothèse avancée dans le communiqué, elles auraient pu servir à délimiter une zone ou une enceinte sacrée autour du henge (terme dérivé de Stonehenge servant à désigner ces structures circulaires ou ovales préhistoriques).

Des anomalies magnétiques

Malgré l’intérêt que suscite cette région, cette nouvelle découverte n’est pas forcément une surprise. «La zone est très grande et l’archéologie dispose de nouvelles techniques qui ont été utilisées dans ce cas, détaille Marie Besse, professeure et responsable du laboratoire d’archéologie préhistorique et anthropologie de l’Université de Genève. En particulier le LiDAR (télédétection par laser), qui est un instrument qui permet de relever le niveau du sol et ses anomalies, sans tenir compte de la végétation.»

Les excavations qui forment cette structure sont aujourd’hui comblées et invisibles depuis le sol. Leur découverte est le résultat de plusieurs années de travail du Stonehenge Hidden Landscapes Project (SHLP) lancé en 2010. L’objectif de ce projet est de mieux comprendre l’organisation des sites entourant Stonehenge en utilisant des méthodes d’archéologie non invasives. En ayant recours à un magnétomètre pour détecter des variations du champ magnétique révélant, entre autres, une activité humaine passée, les archéologues ont mis en évidence la présence de plusieurs anomalies circulaires.

Dans un premier temps, elles ont été considérées comme d’anciens étangs artificiels. Ces données ont été réévaluées et croisées avec d’autres études, qui ont mis en évidence une répartition géographique régulière de ces fosses. Des prélèvements de terre réalisés au niveau de certaines de ces anomalies ont permis de détecter des fragments d’os et des silex travaillés. Ces prélèvements ont aussi permis de dater ces excavations, en les situant à la fin de la période du Néolithique, il y a plus de 4500 ans, soit à la période à laquelle le site de Durrington Walls a été érigé.

Une structure unique

Cette découverte revêt une importance particulière puisque, selon les auteurs de cette étude, aucun monument préhistorique de ce type et de taille équivalente n’a jamais été observé au Royaume-Uni. «Il s’agit d’un endroit où il y a des structures monumentales qui ne sont ni uniquement des sépultures ni uniquement des habitats, mais qui pourrait être un lieu de rassemblement comme Stonehenge. Ce sont déjà des structures imposantes qui s’inscrivent dans des rituels de société particuliers, précise Marie Besse. Cette étude montre l’existence d’une structure encore plus imposante, qui indiquerait une emprise sur le territoire très importante, et l’existence d’un pouvoir plus important que ce que l’on imaginait.»

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Ce cercle présente d’autres caractéristiques qui intriguent les chercheurs. Notamment la distance à laquelle il se trouve par rapport au henge de Durrington Walls, 800 mètres en moyenne, qui, selon les auteurs, pourraient laisser penser «que les premiers habitants de la Grande-Bretagne utilisaient un système de comptage pour suivre le rythme sur de longues distances. Les preuves d’une planification aussi minutieuse, à une telle échelle, sont inattendues et soulignent l’importance du positionnement de ces caractéristiques.» Autre point mis en avant, la disposition des fosses semble prendre en compte l’existence d’un site plus ancien, l’enceinte à fossé interrompu de Larkhill (Larkhill Causewayed Enclosure) daté du début du Néolithique, soit plus de 1500 ans avant leur construction.

«Il faut tout de même noter que le cercle n’est pas complet, c’est une interprétation des archéologues qui se défend mais qui demande à être vérifiée sur le terrain», avertit Marie Besse. Les auteurs de l’étude espèrent cependant que cette découverte permettra de mieux comprendre les rituels des populations présentes au Néolithique et les liens entre les différents sites de la région.