Biodiversité

Un invertébré sur cinq est guetté par l’extinction

Chenilles, mouches, mollusques, araignées, éponges, scarabées… Le monde miniature qui grouille sur terre, dans l’air et au fond de l’eau est gravement menacé de disparition, s’alarment des scientifiques dans une étude présentée comme l’évaluation la plus complète jamais menée sur le sujet

Un cinquième des espèces d’invertébrés de la planète sont guettées par l’extinction, selon un rapport publié vendredi 31 août par la Société zoologique de Londres, en collaboration avec l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN), qui tient dès le 6 et jusqu’au 15 septembre son congrès mondial à Jeju, en Corée du Sud

Les chercheurs ont examiné la situation de plus de 12 000 invertébrés enregistrés dans la liste rouge de l’UICN. Conclusion: «Chercher des vers, chasser des papillons ou ramasser des clovisses pourrait bien devenir des gestes du passé si on n’en fait pas plus pour protéger les invertébrés», soulignent les auteurs.

Au sein de la grande famille des invertébrés existent de fortes disparités. Le risque d’extinction concerne une espèce sur trois pour les mollusques d’eau douce, mais une sur dix seulement pour les insectes volants comme les libellules ou les papillons.

Globalement, les espèces vivant dans les milieux d’eau douce sont les plus vulnérables. Elles sont «principalement menacées par la pollution aux phosphates et aux nitrates de source agricole, suivie par la construction de barrages et le pompage de l’eau», détaille l’étude. Les espèces terrestres subissent de leur côté l’expansion et l’intensification de l’agriculture et les conséquences négatives des espèces invasives. Les espèces marines sont victimes de l’exploitation humaine et du changement climatique.

Cette perte de biodiversité est une menace directe pour nos sociétés, avertissent les scientifiques, selon lesquels «si les invertébrés disparaissaient demain, nous ne tarderions pas à les suivre».

Geoff Boxshall, secrétaire de la Société zoologique de Londres, rappelle que «les invertébrés sont un des piliers essentiels des écosystèmes dont nous dépendons». Parce qu’ils sont un maillon essentiel de la chaîne alimentaire, mais surtout parce qu’ils sont les ingénieurs discrets de la nature, étroitement liés au monde végétal, aux champignons, aux vertébrés: «Sans les invertébrés, nous perdrions l’essentiel de la pollinisation dont dépend l’agriculture. Sans les vers de terre, le processus qui diffuse les matériaux organiques dans les sols serait gravement perturbé», liste Simon N. Stuart, de l’UICN.

«Le coût pour les sauver sera élevé, le coût de ne pas tenir compte des menaces qu’ils subissent pourrait être bien plus élevé», insiste Ben Collen, de la Société zoologique de Londres. La valeur des services rendus par les insectes pollinisateurs aux Etats-Unis entre 2001 et 2003 a ainsi été évaluée à 3 milliards de dollars (2,39 milliards d’euros).

La vulnérabilité des vertébrés était relativement connue. Pas celle de leurs cousins dépourvus de colonne vertébrale. «Nous savions qu’environ un cinquième des vertébrés et des plantes étaient menacés d’extinction, mais il n’était pas certain que cela soit représentatif des petites créatures qui composent la majorité de la vie sur cette planète», explique le directeur de la conservation de la Société zoologique de Londres, Jonathan Baillie.

Les invertébrés constituent pas moins de 80% du monde vivant recensé – et son versant le plus mal étudié. «L’attention qu’ils reçoivent en comparaison des vertébrés est proche de zéro: beaucoup d’espèces sont mal connues, difficiles à identifier et la plupart n’ont pas encore été découvertes», remarque Simon N. Stuart. Résultat: le statut de conservation n’est connu que pour 1% des espèces d’invertébrés répertoriées. L’UICN a donc entrepris d’élargir le nombre d’espèces menacées évaluées dans le cadre de sa liste rouge.

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