Tout a commencé grâce à l’œil exercé d’une experte, Lyn Wadley. Nous sommes en 2017, en Afrique du Sud. La soixantaine élégante, cette grande dame de l’archéologie, professeure honoraire à l’Université Wits (Johannesburg), se penche avec attention sur ce qui, pour le néophyte, n’est qu’une fade poussière blanche. Des débris? Des trésors sans prix, en réalité. Ils ont été extraits d’une caverne d’Ali Baba: la Border Cave («la grotte de la frontière»). En plein pays zoulou, le site est grandiose. La grotte, large d’environ 40 mètres et profonde de 20 à 30 mètres, surplombe la chaîne du Lebombo, à l’est du pays. Une falaise abrupte plonge dans le pays frontalier, l’Eswatini (ex-Swaziland).

Surtout, cet abri-sous-roche a livré, depuis les années 1930, un florilège de vestiges de la vie des hommes du paléolithique. «C’est un des rares sites d’Afrique à avoir fourni des restes d’hommes modernes, raconte Francesco d’Errico, archéologue à l’Université de Bordeaux, coresponsable de la fouille avec une équipe sud-africaine.