Hervé Bouyon est aux anges. A genoux, les yeux rivés sur la pelouse alpine, le président de l’Association des coléoptéristes de France a repéré entre les fleurs de potentilles un trésor minuscule. «Brachyta borni, dit-il en désignant le coléoptère jaune et noir aux longues antennes. C’est la découverte du jour! Il est très rare et n’avait jamais été observé ici.» Nous sommes à Colmars, dans le Parc national du Mercantour, au sud des Alpes françaises. En ce début de juillet, une drôle de faune a investi les torrents, forêts et alpages de la commune: une quarantaine de naturalistes qui, trois jours durant, s’emploient à inventorier sa biodiversité.

Chacun a sa spécialité, son graal. Marco Isaia, de l’Université de Turin, traque les araignées. Et une en particulier, la lycose de Vésubie. Perché sur un pierrier abrupt, il retourne chaque roche pour dénicher un de ces spécimens aux longues pattes noires. Plus bas, des filets s’agitent pour attraper mouches ou papillons. Gwenole Le Guellec, lui, s’intéresse aux insectes aquatiques. Il fouille au fond d’un ruisseau, prélevant minutieusement des larves de trichoptères. Leur fourreau, qu’elles façonnent avec de petits graviers, se repère facilement… mais déterminer précisément à quelle espèce elles appartiennent, parmi les milliers que compte cet ordre d’insectes, est plus ardu. «On prélève d’abord les larves et les adultes qui volent autour du cours d’eau, puis on les identifiera au laboratoire, en les disséquant sous la loupe», explique le spécialiste.