Editorial

Un nouveau regard sur la fin de vie

EDITORIAL. L'allongement de l'espérance de vie est l'une des causes principales de l'explosion des coûts de la santé. Face à ce défi, quatre spécialistes du CHUV et des HUG ont publié un recueil de recommandations salué dans le milieu de la santé. Mais c'est tout notre rapport à la mort que nous devons repenser, selon notre journaliste

Si les progrès de la médecine et de la science nous offrent une seconde adolescence entre 60 et 75 ans, cette nouvelle longévité pose de nombreux défis à nos sociétés. A l'occasion du Forum Santé qui se tiendra le 7 novembre prochain à Pully «Le Temps» consacre un dossier spécial aux séniors et à leurs modes de vie.


Biologiste et écrivain de renom, Joël de Rosnay parle volontiers d’une «vie en plus». Les progrès de la médecine et de la science nous offrent en effet comme une seconde adolescence entre 60 et 75 ans. «Ce n’est pas seulement notre vie qui se prolonge, c’est aussi notre vitalité», ajoute-t-il (lire son interview en page 2). Quel merveilleux cadeau! Mais la médaille a son revers. Cette nouvelle longévité met aussi nos systèmes de santé à l’épreuve. Et si l’on vit mieux plus longtemps, le grand âge et la prise en charge de la fin de vie n’en pèsent pas moins. Et explique en grande partie l’explosion des soins et des coûts qu’elle engendre.

Lire l'interview: Joël de Rosnay: «J’ai envie de vivre jusqu’à 110 ans»

Face aux défis du vieillissement, nos systèmes de santé doivent donc se transformer en profondeur. Mais comment? Le Programme national de recherche sur la fin de vie (PNR 67) apporte des éléments de réponse. Quatre spécialistes du CHUV et des HUG ont ainsi rédigé un livre blanc et formulent une dizaine de recommandations. Notamment sur les soins palliatifs qui ne doivent plus être synonymes de mort imminente et qu’il faut intégrer plus qu’aujourd’hui à l’ensemble du système de santé. Avec corollaire de souvent permettre le maintien à domicile et d’éviter par conséquent l’entrée en EMS ou une hospitalisation (lire en page 4).

Ces propositions rencontrent un fort écho et un large consensus auprès des responsables de la santé. Les trois conseillers d’Etat romands interrogés pour ce dossier en appellent notamment à un renforcement de la formation des médecins et du personnel infirmier et à la multiplication d’essais pilotes. Soutenu par la Fondation Leenaards, ce livre blanc sera également discuté lors d’un événement organisé par Le Temps, le 7 novembre prochain, au Théâtre de l’Octogone de Pully (voir programme ci-contre).

Mais repenser la fin de vie et accélérer les réformes qui lui sont associées, ce n’est pas seulement viser une meilleure coordination des soins, une diminution de la prise en charge hospitalière et une réduction des coûts. Un débat plus large sur le rapport à la mort, un thème encore tabou, s’impose. Trop mal connues, les directives anticipées permettent de mener cette discussion dans un cadre plus large (et moins douloureux) qu’une discussion sur Exit, par exemple. Cette nouvelle longévité appelle ainsi à une réflexion humaniste sur le corps, sur la médecine de pointe, sur la durabilité économique de notre système. Et sur le sens de nos vies.

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