La remise d’un prix prestigieux et la poursuite d’un projet immobilier ambitieux: l’agenda du professeur Øystein Fischer est bien chargé. Le physicien, chercheur à l’Université de Genève, se verra, le 31 juillet à Washington, remettre le Prix Kamerlingh Onnes, qui récompense les meilleurs spécialistes de son domaine d’étude: la supraconductivité. Il entend bien profiter de cette distinction pour faire avancer l’idée d’un nouveau centre de recherche genevois qui rassemblerait sous le même toit les différentes disciplines des sciences physiques, actuellement dispersées à travers la ville.

Mais commençons par les honneurs. Le Prix Kamerlingh Onnes, décerné tous les trois ans, a été créé en l’honneur du physicien néerlandais du même nom, qui a découvert le phénomène de supraconductivité en 1911. Il a été le premier à montrer que certains matériaux, lorsqu’on les porte à très basse température, ont une résistance électrique très faible, voire nulle. Depuis cette observation, de nombreuses expériences ont été menées sur ces matériaux dits «supraconducteurs». Ceux-ci ont désormais des applications concrètes, notamment dans le domaine médical: par exemple, des aimants constitués de ces matériaux sont utilisés pour générer le champ magnétique des appareils d’imagerie par résonance magnétique (IRM).

Le prix remis à Øystein Fischer récompense plus de quarante années de travaux sur la supraconductivité. Le chercheur d’origine norvégienne, fondateur et directeur du Pôle de recherche national MaNEP (Materials with novel electronic properties), hébergé par l’Université de Genève, a notamment conçu dans les années 1970 les premiers matériaux à la fois supraconducteurs et magnétiques. Plus récemment, il s’est attaché à comprendre les mécanismes intimes des matériaux supraconducteurs, à l’aide de techniques de microscopie avancées.

Le nouveau projet qui anime désormais le scientifique est la construction d’un bâtiment consacré aux recherches en sciences physiques. Ce «Centre des sciences astronomiques, physiques et mathématiques» accueillerait des grands noms de la recherche genevoise, tels que le physicien Nicolas Gisin, spécialiste de la communication quantique, le mathématicien Stanislas Smirnov, médaille Fields en 2012 (l’équivalent, en mathématiques, du Prix Nobel), ou encore l’astronome Michel Mayor et son équipe de découvreurs d’exoplanètes. «Nous avons des scientifiques exceptionnels à Genève, il faut en profiter pour faire de la ville un des centres mondiaux de la physique», soutient Øystein Fischer.

Nouveau site

Le centre devait initialement trouver sa place dans le quartier des Vernets, qui sera aménagé sur le site de l’ancienne caserne. Dans ce cadre, l’atelier d’architecture Brodbeck-Roulet avait dessiné les plans d’un bâtiment d’une superficie au sol d’environ 8000 m2, pouvant accueillir 650 personnes, et qui abriterait, en plus de ses laboratoires et amphithéâtres, un café scientifique, une bibliothèque et un centre de transfert technologique. Coût de l’ensemble: environ 600 millions de francs, qui pourraient être apportés par la Confédération, le canton de Genève et des investisseurs privés.

Ce projet a cependant connu un coup d’arrêt à la fin du mois dernier, quand le Conseil d’Etat genevois a décidé de consacrer le futur quartier exclusivement aux logements. Mais Øystein Fischer ne s’avoue pas vaincu: en septembre, il rassemblera les 50 professeurs de physique associés au projet pour décider de son avenir. Parmi les orientations évoquées par l’université figure la construction du bâtiment sur un autre site, par exemple à Bernex. La réaffectation d’un ancien bâtiment ou un redimensionnement du projet pourraient aussi être envisagés.