Dix-huit millions. C’est le nombre de masques dont dispose actuellement la Confédération après avoir subi les conséquences d'une pénurie globalisée. Ce stock devrait servir à fournir les grandes surfaces et approvisionner le système de santé les prochaines semaines. Mais qu’en sera-t-il ensuite, ou si une nouvelle pandémie devait voir le jour dans le futur?

C’est pour faire face à ce type de scénarios qu’une trentaine de chercheurs issus notamment de l’Empa (le laboratoire fédéral de recherche pour les sciences des matériaux), de l’EPFL, de l’EPFZ, de l’Université de Berne, du laboratoire de Spiez, de plusieurs hôpitaux ainsi que de l’industrie textile ont décidé de collaborer au sein d’un projet nommé ReMask, qui soutient également le travail de la National COVID-19 Science Task Force.

L’objectif de ce consortium, lancé à la mi-mars, est triple: engranger une production nationale de matériel de protection efficace, développer des masques aux propriétés nouvelles et trouver des technologies permettant de réutiliser les masques FFP2, conçus pour protéger le personnel médical des très fines particules d’agents pathogènes en suspension dans l’air.

Imperméable et perméable à la fois

Première étape: s’assurer de la sécurité des masques lavables vendus à la population. «Ces masques, dits communautaires, ne sont actuellement couverts par aucune norme certifiée, explique René Rossi, directeur du laboratoire des membranes biomimétiques et des textiles de l’Empa. Or, on ne peut pas se mettre n’importe quel bout de tissu sur la figure en pensant que l’on sera protégé efficacement, raison pour laquelle nous avons décidé d’émettre des recommandations en vue d’obtenir une qualité minimale des masques qui seront produits et vendus en Suisse.»

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Ces recommandations exigeront que les masques aient une certaine perméabilité à l’air afin d’offrir une utilisation confortable sur une longue période, qu’ils soient résistants à la projection de liquide jusqu’à 12 kilopascals (ce qui correspond à la pression émise lorsque l’on tousse), mais aussi qu’ils présentent une efficacité de filtration de 70% pour les particules virales d’une taille de 1 micromètre contenues dans les aérosols. A titre de comparaison, les masques chirurgicaux protègent essentiellement contre les gouttelettes mille fois plus grosses.

Production durable

Alors, à quand ces masques sur le marché? «Nous sommes en train de réaliser des essais afin d’être certains que le matériel confectionné répond bien à ces trois critères et que la qualité peut être assurée, répond René Rossi. Des sociétés pourraient se lancer sous peu.»

Deuxième étape: viser une production sur le long terme en Suisse. Pour ce faire, le groupe d’experts entend se pencher sur le développement de masques à base de textiles capables d’inactiver les coronavirus qui se poseraient à leur surface, ou qui seraient équipés d’un nouveau type de feuille filtrante. «Plusieurs projets vont débuter dans ce sens. Notre but est de pouvoir développer des concepts innovants et de haute qualité afin de conserver une production en Suisse», confirme René Rossi.

Désinfection par les UV

Enfin, troisième étape: la durabilité. Et ce, en évaluant les méthodes les plus efficaces permettant de stériliser ou de désinfecter les masques FFP2, tout en préservant un maximum leur efficacité en vue de nouvelles utilisations.

A côté des techniques classiques, à base d’oxyde d’éthylène ou de peroxyde d’hydrogène, des solutions alternatives sont également étudiées. «L’une d’elles s’appuie sur les rayons UV, détaille David Vernez, professeur au département santé au travail et environnement à Unisanté Lausanne, qui dirige cet essai. Connue depuis longtemps, cette méthode s’avère beaucoup moins agressive que la plupart des stérilisations chimiques.»

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Après les avoir séchés – une étape permettant d’éliminer une partie de la charge virale –, l’idée consiste à irradier les masques de rayons UVC, dont on sait qu’ils ont des propriétés bactéricides importantes. Le tout se fait dans une chambre comptant une dizaine de sources UVC, et dont les parois sont en acier et en aluminium, un dispositif permettant d’assurer une répartition de la lumière la plus homogène possible.

Encore en cours d’évaluation, notamment quant au dosage idéal, la méthode présente déjà quelques avantages. «C’est une technique accessible à n’importe quel laboratoire ou hôpital, y compris dans des pays moins dotés en ressources financières, analyse David Vernez. Nous ne savons pas, au final, si nous aurons besoin de recycler des masques, mais il faut s’assurer d’avoir cette sécurité si nécessaire.»