Santé

Un réseau romand pour traiter le cancer

Une nouvelle structure commune d’oncologie entre le CHUV et les HUG ouvrira ses portes dans le courant de cette année. Elle permettra notamment l’accès à des traitements innovants pour les patients suisses romands

En Suisse, quelque 40 000 personnes sont touchées chaque année par un cancer. Heureusement, la compréhension de cette maladie est également en pleine expansion. S’il y a quelques années, le cancer était encore classé en grandes familles, selon qu’il touche les poumons, les seins ou le foie, ce même terme générique désigne aujourd’hui des centaines, voire des milliers d’affections différentes, en fonction du type de mutations bien particulières retrouvées dans la tumeur.

Ce changement de paradigme, rendu possible grâce à l’évolution des techniques de séquençage génétique, ouvre la porte à de nouveaux traitements plus ciblés et beaucoup plus efficaces. Mais cette évolution considérable a également un revers de taille: la complexité toujours plus grande des données à disposition demande désormais, de la part des médecins, l’acquisition de nouvelles compétences afin d’être en mesure d’opter pour le meilleur choix thérapeutique pour les patients.

C’est sur la base de ce constat qu’a été initié, en 2014, le projet de création d’un Réseau romand d’oncologie, piloté par le CHUV à Lausanne par les Professeurs Olivier Michielin et George Coukos, et les HUG à Genève par le Professeur Pierre-Yves Dietrich. Présentée lors du symposium international de génomique, qui s’est tenu ce jeudi à Lausanne, cette nouvelle structure devrait entrer en fonction dans le courant de cette année.

Explications avec le professeur Olivier Michielin, médecin adjoint au service d’oncologie du CHUV:

- Pourquoi est-il aujourd’hui si fondamental de mettre en réseau les compétences dans le traitement du cancer?

- Grâce aux progrès formidables des techniques de séquençage ainsi que des autres analyses multidimensionnelles, il est désormais possible de déterminer dans une tumeur, non seulement la mutation principale responsable de la progression, mais également toutes les autres altérations qui modulent la réponse aux traitements. La complexité de ces données fait que, dans un avenir proche, il sera nécessaire, en plus des oncologues, de faire appel à des biologistes, des généticiens et des bio-informaticiens afin d’aboutir à une décision clinique optimale.

- Comment va concrètement fonctionner ce Réseau romand d’oncologie?

- L’idée est de créer une plateforme commune entre les centres universitaires, les hôpitaux périphériques et les acteurs de la médecine privée. Ceux-ci pourront adresser au Réseau romand des échantillons de tumeurs dans le but de réaliser des analyses très précises, tant sur le plan des mutations que des aspects immunologiques. Et ensuite proposer les meilleures options de thérapies ciblées ou d’immunothérapie aux oncologues référents, notamment grâce à un système de visioconférence. Le patient reste ainsi suivi par un interlocuteur unique, son oncologue de proximité, tout en bénéficiant de compétences universitaires. Notre but est également de pouvoir proposer des traitements innovants et faciliter l’accès aux médicaments pour les patients présentant des mutations rares.

- Tous les patients atteints de cancers pourront-ils bénéficier de cette structure?

- Au début, cela concernera principalement les patients atteints de cancers métastatiques ayant déjà reçus des lignes de traitements standards, quelle que soit la forme de cancer dont ils sont atteints. Par la suite, il sera envisageable de considérer une extension des patients sélectionnés.

- L’accès à ces traitements innovants pose également la question du remboursement des soins. Qui prendra en charge les frais engendrés?

- Tous les traitements effectués dans le cadre de protocole d’essais cliniques dans les hôpitaux universitaires, n’auront pas à être pris en charge par les patients ou les assurances. Ceux-ci seront financés par d’autres sources, comme des promoteurs académiques ou industriels par exemple. En ce qui concerne l’utilisation de médicaments sous la forme «off label», à savoir en dehors de leur application clinique traditionnelle, nous allons travailler sur des accords entre l’industrie pharmaceutique et les caisses maladie, sur la base d’un ensemble de cas où un bénéfice thérapeutique a été clairement démontré.

- La multiplication des informations rend la prise de décision quant au meilleur choix de traitement extrêmement difficile, y compris pour des spécialistes. Vous évoquez dans ce sens la mise en place, dans le cadre du Réseau, d’outils informatiques capables de faire des propositions thérapeutiques…

- En effet, nous avons des projets très ambitieux dans ce sens qui sont actuellement en cours de développement et pourraient être effectifs à court terme. Ces outils se présentent sous la forme d’algorithmes informatiques de type «machine learning». En s’appuyant sur des bases de données très étendues, ils agissent comme des générateurs d’hypothèses, un peu comme un deuxième avis médical. Pour avoir testé certaines de ces technologies, j’ai été impressionné par leur potentiel.

- Peut-être même qu’a terme ils viendront remplacer le médecin?

- Non, je ne le pense pas. Nous allons certes intégrer l’avis de ces outils dans le processus décisionnel, car ils représenteront une aide précieuse, mais le choix final appartiendra toujours au médecin.

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