«Un robot ne tombera jamais amoureux»

Dans Ex Machina, le petit cœur en silicone d’un robot fille bat pour l’informaticien humain qui la bombarde de questions. Tandis que de son côté, le geek de la Silicon Valley, les yeux plein de 0 et de 1, ne reste pas non plus totalement insensible aux charmes binaires de la jolie cyborg. Mais autant l’attachement de l’homme à l’objet numérique appartient à nos mythologies contemporaines – souvenez-vous de la mort technique de votre premier iPod –, autant le fait qu’une machine éprouve des sentiments dépasse encore notre entendement.

Et si dans un futur proche, des machines devenaient sentimentales? Et si demain, comme dans la série télé suédoise Real Humans, un robot vous demandait votre main? Philip K. Dick prédisait bien que les androïdes rêveraient de moutons électriques. De là à imaginer le Pacs de l’homme et de la machine…

Le robot amoureux? Physicien, directeur de la Maison d’Ailleurs, Musée de la science-fiction, de l’utopie et des voyages extraordinaires, à Yverdon-les-Bains Marc Atallah n’y croit pas, comme, la plupart des experts pour qui la crainte de Stephen Hawkins de voir un jour l’intelligence artificielle surpasser l’humanité reste un scénario de pure science-fiction.

«La machine peut simuler un sentiment. Dans Ex Machina, mais aussi dans Her, le film de Spike Jonze qui traite du même sujet, l’amour est une stratégie de survie. Ces machines n’éprouvent rien, ne sont pas douées de conscience, elles font semblant pour arriver à leurs fins.»

Test de Turing

La subjectivité, voilà ce qui fait défaut à une machine. Sans libre arbitre, pas de haine, pas d’envie ni de passion, donc pas d’amour. «C’est le gros problème. La subjectivité n’est pas modélisable, elle ne peut pas être réduite à une fonction mathématique. Or les machines ne comprennent que ça.»

D’où ce léger hiatus qui met en miettes le fantasme de la machine humaine lorsqu’il se trouve confronté à la dure réalité. En 1950, le mathématicien Alan Turing s’interroge: un ordinateur peut-il être doué de pensée? Le test qui porte désormais son nom doit permettre de le prouver. Sans succès. «Cela vient aussi du fait que le langage est inapproprié. L’intelligence artificielle utilise la métaphore humaine pour expliquer ce qu’elle fait. Or le mot apprentissage, qui fonctionne avec un comportement humain, n’est pas adapté à celui d’un robot. L’enfant apprend, de ses réussites comme de ses échecs, et progresse dans son cerveau pour devenir autonome. Une machine se contente de remplir une fonction dont elle peut faire évoluer l’algorithme, certes, mais dans une certaine limite.»

Jouet sexuel

La limite, c’est celle de la boucle mathématique qui fait qu’une machine, même si elle adapte son comportement à son environnement, finit par répéter une routine. «Une expérience célèbre a été menée à l’EPFL. Il s’agissait de lâcher deux robots dans une arène qui leur était totalement inconnue, le premier devant attraper le second. La proie et le prédateur amélioraient leurs performances, multipliaient les schémas, mais au bout d’un certain temps appliquaient inlassablement les mêmes principes.»

Pour le spécialiste, en plein accrochage de l’exposition «Portrait-Robot» à la Maison d’Ailleurs, la seule manière de relier l’amour à un robot, c’est de le programmer exprès pour. «Et là, on touche à la catégorie des jouets sexuels, au robot dont l’unique but est de donner du plaisir à leur propriétaire.» La poupée qui dit oui? Même technologique, la chair est triste.

Portrait-Robot, à partir du 21 juin 2015, exposition jusqu’au 31 janvier 2016, Maison d’Ailleurs, Musée de la science-fiction, de l’utopie et des voyages extraordinaires, Yverdon-les-Bains, place Pestalozzi 14, 024 425 64 38, www.ailleurs.ch