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Le crâne de «Junzi imperialis», espèce éteinte de gibbon découverte en Chine.
© Samuel Turvey/ZSL ©

ARCHÉOLOGIE

Un singe d’une espèce inconnue exhumé d’une ancienne tombe chinoise

Le squelette facial d’un gibbon aujourd’hui éteint a été découvert dans la sépulture d’une aristocrate datant de plus de 22 siècles, au centre de la Chine. Sa disparition serait liée à l’expansion humaine

Il dormait depuis près de 2300 ans, incognito, dans la dernière demeure d’une noble dame chinoise. Plus précisément, des fragments de son crâne gisaient là, dans une des fosses de cette immense sépulture, découverte en 2004 au centre de la Chine, à Xi’an. Ces restes sont ceux d’un petit singe. Ils ont les honneurs d’un article publié le 22 juin dans Science.

Leur analyse révèle, en effet, qu’il s’agissait d’une espèce de gibbon inconnue, aujourd’hui éteinte, et appartenant probablement à un genre disparu. Qui plus est, nos ancêtres humains sont à l’origine de cette extinction, pointent les auteurs. Leur essor démographique aurait provoqué ainsi une des premières disparitions d’un primate après l’âge glaciaire.

Lire aussi: Une nouvelle espèce de grand singe découverte en Indonésie

Qui donc était cette dame de haut lignage que ce petit singe accompagnait outre-tombe? Peut-être «Lady Xia», la grand-mère du tout premier empereur de Chine, le fameux et très cruel Qin Shihuang (259-210 avant notre ère). Celui-là même qui mit fin à la période des «Royaumes combattants», marquée par la rivalité des sept royaumes qui déchirait alors la Chine.

Fondateur de la très fugace dynastie Qin, Qin Shihuang, père présumé de la Grande Muraille de Chine, reste ainsi le grand unificateur de l’empire chinois. C’est à un autre legs qu’il doit aujourd’hui sa célébrité: à l’immense mausolée souterrain qu’il s’est fait bâtir à Xi’an (province de Shaanxi). Découvert en 1974, ce monumental sépulcre abritait une gigantesque armée funéraire – près de 8000 soldats de terre cuite – destinée à protéger l’empereur dans l’au-delà…

Sauts de 10 mètres

Revenons à notre petit gibbon, enterré avec cette aristocrate. Les gibbons – ou «singes à longs bras», en chinois – sont les plus petits des grands singes. Ils possèdent les plus longs bras de tous les primates, comparés à leur taille – 50 centimètres à 1 mètre de haut pour 6 à 12 kg, selon les espèces. Arboricoles, ils se déplacent en se balançant de branche en branche. Ils peuvent faire des sauts de 10 mètres et franchir ainsi des rivières.

Les gibbons colonisent les forêts tropicales d’Asie du Sud-Est. En Chine, on ne les trouve plus que dans le sud du pays. Mais jadis, «ils étaient très répandus, ayant connu une expansion rapide presque partout à travers la Chine, indique Luca Morino, primatologue au Muséum national d’histoire naturelle à Paris. Leur disparition, d’une grande partie du territoire, est associée à l’explosion démographique humaine, et probablement à la déforestation.»

Si les baguettes pour manger étaient parfois en os de gibbon, c’est qu’on leur prêtait le pouvoir magique de détecter le poison

Luca Morino, primatologue au Muséum national d’histoire naturelle à Paris

Le gibbon exhumé de la tombe en 2004 est un spécimen rare: «Il existe très peu de fossiles de gibbons connus, ce qui donne de la valeur à cette étude», relève Luca Morino. Coordonnée par le Collège universitaire de Londres (Royaume-Uni), l’analyse de la morphologie des fragments de son crâne et surtout de ses dents, comparée à celle des espèces connues de gibbons, révèle qu’il s’agit d’une espèce différente des 20 espèces actuelles, classées en quatre ou cinq genres. Les auteurs ne disposaient cependant que de fragments de crâne, sans aucun vestige du reste du corps, ce qui a limité leur travail.

Les auteurs ont nommé Junzi imperialis cette «nouvelle» espèce – disparue aussitôt née. Pourquoi «Junzi»? Le terme désigne «l’homme de bien», l’homme moralement bon qui pratique la vertu d’humanité, selon Confucius (551-479 avant notre ère).

Animaux de compagnie

«Historiquement, les gibbons avaient une valeur culturelle importante en Chine, écrivent les auteurs. Leurs caractéristiques étaient perçues comme «nobles», ce qui faisait d’eux les symboles des Lettrés.» Selon eux, ils seraient devenus des animaux de compagnie des hommes de rang social élevé au cours de la dynastie Zhou (1046-256 avant notre ère).

En Asie, tempère Luca Morino, les gibbons sont surtout perçus comme des animaux étranges. «Si les baguettes pour manger étaient parfois en os de gibbon, c’est qu’on leur prêtait le pouvoir magique de détecter le poison. Les Nobles redoutaient d’être empoisonnés.»

Les gibbons n’étaient pas les seuls animaux prestigieux à accompagner dans l’au-delà les dignitaires chinois. «Sur le site funéraire de l’empereur Qin Shihuang, on trouve des tombes très élaborées avec un sol en brique, un plafond en bois et des cercueils en terre cuite d’animaux jugés rares, souvent «porte-bonheur»: grue pour la longévité, lynx, léopard, ours noir…, relate Christophe Comentale, sinologue, conservateur en chef au Musée de l’homme à Paris. Le gibbon, neuvième des 12 animaux du zodiaque chinois, n’échappe pas à cette distinction extrême. Il est très tôt apprécié comme un animal singulier en raison de son aspect intrigant, longiligne, de sa fourrure et de la portée de son cri.»

Le plus grand poète chinois classique, Li Bai (701-762), témoigne ainsi de la place tapageuse des gibbons: «La blanche Cité royale, je l’ai laissée à l’aube dans un matin de nuages éclatants/Le voyage de mille miles jusqu’à JiangLing/S’est fait en un seul jour/Sur les deux rives, le bavardage des gibbons résonne/Incessant/Alors que mon bateau léger effleure des milliers de rochers.»

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