Lors d’une conférence de presse tenue mercredi à Paris, les noms des cinq nouveaux astronautes qui emboîteront le pas à la promotion 2009 de Thomas Pesquet et ses collègues ont été annoncés par l’Agence spatiale européenne (ESA). Les heureux élus sont la Française Sophie Adenot, l’Espagnol Pablo Alvarez Fernandez, la Britannique Rosemary Coogan, le Belge Raphaël Liégeois – chercheur en neurosciences à l’EPFL – et enfin le Bernois de 33 ans Marco Sieber. Il est le deuxième candidat astronaute suisse à rejoindre l’ESA après Claude Nicollier – qui l’a beaucoup inspiré – et qui avait été sélectionné en 1978. Plus de trente ans plus tard, un Suisse devrait s’envoler bientôt dans l’espace.

«J’en ai rêvé depuis des années. Quand j’étais enfant, j’étais passionné par tout ce qui concernait l’espace, les planètes, commente à chaud le candidat astronaute suisse. La sélection est enfin terminée; c’est difficile de réaliser ce qui arrive maintenant. Je suis très heureux et fier, mais aussi je suis nerveux, je me demande comment ce sera de travailler avec l’ESA. Je dois être prêt pour de nouvelles choses.» Les heures après l’annonce seront riches en émotions et événements mondains pour le nouvel astronaute qui retournera dès la semaine prochaine à Berne pour travailler à l’hôpital. Le CV du médecin formé dans la capitale force le respect. En 2015, il a soutenu une thèse en chirurgie robotique. En 2021, il a obtenu son diplôme en médecine d’urgences précliniques et de sauvetage. Son contrat avec l’ESA commencera en avril 2023.

Marco Sieber a postulé à l’appel à candidature lancé en juin 2021 par l’ESA, qui a reçu 22 500 dossiers provenant de toute l’Europe. Au total, 668 personnes avaient répondu en Suisse, dont 119 femmes, et 30 ont été retenues pour la deuxième phase de sélection qui en compte cinq. La France, la Belgique et la Suisse font partie du trio de tête pour le nombre de personnes qui ont fait acte de candidature par 100 000 habitants. Pour la première fois, un parastronaute (candidat avec un handicap physique), le britannique John McFall, a aussi été sélectionné dans le cadre d’un programme spécial d’étude de faisabilité. Onze candidats ont été retenus comme astronautes de réserve, sans contrat immédiat avec l’ESA.

La nouvelle classe d’astronautes 2022 rejoindra le Centre européen des astronautes situé à Cologne, en Allemagne, pour y suivre leur entraînement de base. Leur premier vol – a priori vers la Station spatiale internationale (ISS) – n’aura pas lieu avant trois à quatre ans. «L’ESA n’embauche pas des gens pour ne pas les faire voler. Même si c’est chacun son tour et que cela peut être frustrant, affirme l’astronaute français Thomas Pesquet. Malgré tout, la sélection d’un candidat astronaute pour une mission se fait en fonction des contributions des Etats. Si le pays du candidat investit zéro euro dans le programme, il a peu de chance de voir un de ses représentants un jour sur la Lune.»

En Suisse, c’est la division du Sefri chargée des questions spatiales, et le Swiss Space Office, qui s’occupent des tâches liées au spatial. Martina Hirayama, la secrétaire d’Etat à la Formation, à la Recherche et à l’Innovation a assisté à l’annonce de la nouvelle promotion d’astronautes européens. «La Suisse a investi beaucoup dans l’espace depuis le début de l’ESA. C’est notre seule agence spatiale, affirme-t-elle. La sélection d’un astronaute suisse est une très bonne nouvelle. C’est important pour la recherche et l’innovation. Marco Sieber donne un visage à tous les secteurs industriels et scientifiques suisses qui sont à la pointe dans le domaine spatial.»

Vers la Lune après 2030

L’exploration lunaire, tel est le prochain objectif de l’ESA, en collaboration d’abord avec la NASA sur la mission Artemis, pour qui les Européens ont développé le module de service et propulseur de la capsule Orion qui est actuellement en orbite autour de la Lune. Si le premier vol habité vers notre satellite est prévu pour 2024, il faudra attendre 2027-2028 pour voir un astronaute européen prendre place dans le module. «Jusqu’en 2030, ce sera notre classe d’astronautes, celle de 2009, qui pourra voler vers la Lune, comme confirmé par le directeur général de l’ESA, ajoute Thomas Pesquet. Ce sont des missions pour lesquelles il faut avoir un peu d’expérience. En effet, sur une première mission de six mois [durée moyenne des missions actuelles à bord de l’ISS, ndlr], si l’astronaute est un peu malade et n’est pas très efficace, ce n’est pas très grave. Mais sur des missions comme celle d’Artemis qui seront très intenses et très courtes, on préfère avoir un peu plus de garanties.»

Les nouveaux astronautes, dans un futur proche, devront assurer les vols vers l’ISS pendant que leurs collègues plus expérimentés se concentreront sur la Lune. «Une fois que nous aurons atteint la limite d’âge et qu’eux auront suffisamment d’expérience, petit à petit, les vols habités vers la Lune les concerneront aussi», rassure l’astronaute français. Et peut-être même qu’un jour, les candidats astronautes 2022 embarqueront dans une capsule à destination de Mars… Mais pas avant 2035, selon Thomas Pesquet. Ce dernier reste confiant qu’un jour les défis techniques d’un vol vers la planète rouge seront résolus.

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«Le plus difficile est fait»

La promotion précédente datant de 2009 est composée des Italiens Samantha Cristoforetti et Luca Parmitano, de l’Allemand Alexander Gerst, du Danois Andreas Mogensen, de l’Anglais Timothy Peake et bien sûr du Français Thomas Pesquet. L’Allemand Matthias Maurer, qui avait été recalé en 2009, a été repêché en cours de route en 2015. Toutes et tous travailleront avec les nouvelles recrues. «A partir d’aujourd’hui, leur vie va changer, commente l’astronaute allemand. Cela peut faire peur mais c’est aussi une grande chance. J’aimerais leur dire de ne pas avoir peur, il faut profiter et se réjouir de chaque instant, malgré le stress. Dans dix ans, quand ils regarderont en arrière, ils trouveront ce moment formidable. L’aventure commence pour eux. Ils vont apprendre énormément, rencontrer des gens formidables et travailler aussi, beaucoup. La partie la plus dure, ils l’ont déjà passée, c’était la sélection, le reste sera plus simple. Il faudra maintenant travailler en équipe. C’est important que leur promotion et la nôtre travaillent ensemble et se fassent confiance.»

Deux autres événements marquants pour la Suisse spatiale ont eu lieu ces dernières années. D’abord la nomination en 2016 du Fribourgeois Daniel Neuenschwander à la tête d’un des programmes, celui des lanceurs, à l’ESA – une première depuis la création de l’agence en 1975. Puis avec le satellite Cheops de détection et d’étude des exoplanètes, la Suisse a été pour la première fois à la tête d’une mission scientifique dans le domaine spatial. Cheops a été lancé en décembre 2019 depuis Kourou en Guyane.

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