Si les virus développent autant de stratégies complexes, c’est qu’ils ont affaire à un adversaire de taille: notre système immunitaire. «Il comporte deux composantes principales, explique Thierry Calandra, chef du Service des maladies infectieuses au CHUV, à Lausanne. Le système immunitaire inné et le système immunitaire adaptatif.»

Le premier doit réagir rapidement à toutes sortes d’intrusions. Pour cela, ses sentinelles détectent certaines caractéristiques spécifiques des champignons, bactéries, virus et autres parasites. Elles alertent les globules blancs qui tentent de capter les indésirables et de les détruire. Ce n’est que si cette première salve défensive n’arrive pas à endiguer l’intrusion que le système immunitaire adaptatif est enclenché. Contrairement à la réponse innée, celle-ci est très ciblée. En une quinzaine de jours, l’organisme développe des anticorps pour neutraliser l’agent infectieux. Et il garde ces défenses en mémoire: si celui-ci venait à se représenter, il aurait toute une garnison prête à l’accueillir.

«C’est la beauté du système adaptatif, relève Thierry Calandra. Et la raison pour laquelle les personnes plus âgées ont plus de défenses contre le H1N1, parce que c’est le type de virus qui circulait entre 1918 et 1957.» Il semble qu’un agent de ce genre, échappé d’un laboratoire soviétique, ait également circulé en 1977. C’est aussi ce système que stimulent les vaccins. En injectant aux gens des parties du virus inactivé, ils préparent une réaction immunitaire ciblée pour affronter le virus.

Au risque d’augmenter la pression sélective et de ne laisser passer entre les mailles du filet que les virus les plus agressifs? «Tous sont un peu différents, répond Laurent Kaiser, responsable du Laboratoire de virologie des HUG, à Genève. Si on les compare à des individus de tailles variables réunis dans une pièce que l’on inonderait jusqu’à 1,90 mètre, seuls les plus grands survivront. Mais cela ne veut pas dire qu’ils seront plus efficaces, ni plus virulents.»