Les préparations chinoises «amincissantes» à base de plantes ont deux gros défauts. D'abord, elles ne font pas maigrir. Ensuite, elles peuvent être très nocives, voire mortelles. Leur dernière victime recensée est une patiente niçoise qui décédait des suites d'un cancer des voies urinaires en novembre dernier. Elle avait suivi, plusieurs années auparavant, un régime amaigrissant à l'aide d'une préparation contenant par erreur de l'Aristolochia fangchi, une plante très toxique pour les reins et cancérigène. Face au danger potentiel occasionné par ces préparations échappant souvent à tout contrôle officiel, l'Institut de pharmacognosie et phytochimie (IPP) de l'Université de Lausanne a mis au point deux méthodes pour détecter l'éventuelle présence du poison dont une, simple et bon marché, peut être pratiquée par un pharmacien au sein de sa propre officine.

La première grosse alerte sur les tisanes amaigrissantes chinoises date de 1992. Cette année-là, plus de cent patients étaient hospitalisés en Belgique pour une insuffisance rénale terminale. Ils avaient tous subi une cure d'amaigrissement à base d'herbes chinoises dans une clinique spécialisée. Il s'est avéré que l'épidémie était survenue suite à une erreur dans la composition de la préparation végétale: deux plantes chinoises aux noms vernaculaires très voisins avaient été confondues, l'innocente Stephania tetrandra (hanfangji) et la très toxique Aristolochia fangchi (guangfangchi). La maladie provoquée par cette dernière est gravissime: le rein refuse tout service, les seuls traitements consistent à relayer sa fonction en effectuant des dialyses ou à remplacer l'organe au moyen d'une greffe. L'acide aristolochique – la molécule coupable – est par ailleurs cancérigène: ses effets nuisibles peuvent ainsi être différés de plusieurs années, le temps que la tumeur se développe. Depuis cette épidémie, plusieurs cas ont été répertoriés en France, en Espagne, aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne et au Japon. Pour l'instant, aucun cas n'a été annoncé en Suisse. Cela ne signifie toutefois pas qu'il n'y en a pas eu, selon Kurt Hostettmann, professeur à l'IPP: «Le lien de cause à effet n'est pas toujours évident, surtout lorsque la maladie se déclare plusieurs années après un régime amaigrissant.»

Face à cette menace – les traitements à base de plantes exotiques ont une cote croissante dans la population –, les chercheurs lausannois ont décidé de mettre au point un test pour déceler la substance toxique éventuellement présente dans une tisane ou une gélule dont la composition n'est pas certifiée par un organisme de contrôle officiel. Chargé de cette mission, Jean-Robert Ioset a commencé par établir un protocole d'identification très pointu de l'acide aristolochique à l'aide des appareils les plus sophistiqués dont dispose l'institut universitaire. Mais il ne s'est pas arrêté là: il a également imaginé une procédure utilisable par les importateurs ou les revendeurs d'herbes chinoises. Ce test est sensible, rapide et facile à effectuer: il s'agit d'une chromatographie sur couche mince, qui révèle, en quelques minutes seulement, des quantités d'acide aristolochique de l'ordre du microgramme. «Il est déjà très spécifique, souligne le chercheur. Ensuite, il suffira d'analyser plus finement tout échantillon suspect.» Le protocole de ce test rapide sera publié dans le prochain numéro du Journal suisse de pharmacie, ainsi que dans une revue scientifique spécialisée.

Cette histoire de thé «amaigrissant» et toxique pose le problème plus large de l'accès généralisé aux préparations à base de plantes, qui n'ont souvent pas été enregistrées par les autorités sanitaires. Vendues sur Internet ou par correspondance, parfois sur le comptoir en pharmacie, nombreuses sont les capsules, tisanes et autres décoctions à la composition difficilement vérifiable qui circulent aujourd'hui sur la planète. Or, comme aime à le rappeler Kurt Hostettmann, «tout ce qui vient de la nature n'est pas forcément bon à consommer.»

* Les personnes qui posséderaient une tisane chinoise amaigrissante suspecte peuvent envoyer un échantillon pour analyse à l'adresse

suivante: Université de Lausanne, IPP, Prof. Kurt Hostettmann, BEP, 1015 Lausanne-Dorigny.