Des chercheurs du CHUV et de l’EPFL ont mis au point un nouveau test sérologique capable d’évaluer l’efficacité de la protection immunitaire face à différents variants du covid. Il permet de quantifier la présence d’anticorps neutralisants le SARS-CoV-2 dans le sang. Leurs résultats sont parus mardi dans la revue Science Translational Medicine.

Les tests sérologiques servent à déterminer si des anticorps contre un agent infectieux comme le coronavirus, sont présents dans l’organisme. Mais ces anticorps n’ont pas tous la même fonction. Certains d’entre eux permettent de savoir qu’une personne a été exposée au virus mais sans donner d’information sur le niveau de protection face à la maladie.

Pour Didier Trono virologue à l’EPFL, qui a participé à l’élaboration de ce test, il pourrait notamment servir à évaluer la protection immunitaire face au covid de certaines personnes vulnérables ou évaluer l’efficacité de la vaccination face à de nouveaux variants.

Quel est l’intérêt de ce test par rapport aux tests sérologiques déjà existants?

Les tests sérologiques conventionnels mesurent simplement la présence en général d’anticorps contre certaines protéines du virus. Ce sont des anticorps qui attestent d’une exposition préalable à la maladie ou d’une vaccination préalable, mais qui n’attestent pas du caractère protecteur de l’immunité déclenchée. Les anticorps neutralisants sont une sous-catégorie d’anticorps qui se lient à la protéine spike dont le virus se sert comme d’une clé pour entrer dans la cellule. Ce faisant, ils empêchent l’entrée du virus dans la cellule d’où leur qualificatif de neutralisant. Le test que nous avons mis au point mesure spécifiquement les taux d’anticorps neutralisants.

Pour réaliser ces observations une prise de sang suffit?

Une simple piqûre au bout du doigt est suffisante. Le test permet de mesurer l’activité neutralisante d’un sérum contre plusieurs variants en une seule réaction, dans un seul tube en deux-trois heures. C’est un progrès significatif par rapport aux tests de neutralisation conventionnels. Pour rechercher les anticorps neutralisants, il fallait placer le virus en présence de cellules avec un sérum et regarder si ce sérum empêchait l’infection des cellules. Mais cette procédure nécessite plusieurs jours et doit être menée dans un laboratoire de haute sécurité puisqu’il s’agit du SARS-CoV-2. Alors que ce nouveau test peut se faire dans n’importe quel laboratoire. Comme il n’y a besoin ni du virus, ni de cellules et que le test prend quelques heures, on peut en réaliser des milliers en parallèle et la démarche est beaucoup moins coûteuse.

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Ces tests peuvent-ils soutenir la stratégie vaccinale en identifiant les personnes qui ont déjà eu le covid et qui n’auraient besoin que d’une dose?

Ce test permet de déterminer quel est le niveau d’immunité protectrice déclenché soit par une infection, soit par une vaccination. Ce qui nous a permis de constater par exemple que des gens infectés sans présenter beaucoup de symptômes ont en général des taux d’anticorps neutralisants qui sont assez bas, et qui souvent ne fonctionnent pas contre les nouveaux variants.

C’est aussi un test qui permet d’évaluer la réponse immunitaire chez des personnes déjà vaccinées mais dont on soupçonne qu’elles n’ont pas bien répondu. Notamment, celles qui ont des maladies intercurrentes ou qui suivent des traitements anti-inflammatoires et immuno-suppresseurs. Actuellement, nous évaluons qu’une dizaine de mutants du virus mais nous pourrions monter jusqu’à quarante au besoin, simplement en ajoutant la protéine spike des variants au test. Cela permettrait notamment de faire des recommandations aux fabricants des vaccins pour adapter leurs produits s’ils devenaient moins efficaces face à un nouveau variant ou de recommander un rappel du vaccin.

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Ce test n’est accessible que sur prescription d’un médecin. A-t-il vocation à être destiné à un public large ou à être réservé à la recherche?

Nous aimerions que ce test soit utilisé dans la vie courante pour des applications cliniques. Comme à l’heure actuelle le test n’est pas produit de manière industrielle et commercialisé, il est limité à une prescription médicale pour éviter un afflux de personnes au CHUV. Pour l’instant, l’OFSP ne rembourse pas ce genre de test, arguant que ce n’est pas essentiel pour le soin des gens de mesurer s’ils ont oui ou non des anticorps neutralisants. C’est un point dont on peut débattre. Je suis d’avis que pour certaines populations, il est important de savoir s’ils ont développé ces anticorps suite à une infection ou une vaccination.