Un vaccin résistant à la chaleur

Médecine Un vaccin contre la méningite qui ne nécessite pas d’être maintenu au froid a été utilisé au Bénin

Les avantages logistiques sont notables

Mener une campagne de vaccination dans un pays en dévelop­pement peut s’avérer une gageure lorsqu’il s’agit d’atteindre des po­pulations isolées. Une des difficultés consiste à maintenir les vaccins au froid jusqu’au moment de l’injection, malgré l’absence d’équi­pements de réfrigération ou d’électricité pour les alimenter. Une nouvelle étude, publiée le 18 février dans la revue spécialisée Vaccine, rapporte cependant des résultats encourageants: pour la première fois, un vaccin capable de résister plusieurs jours à des températures élevées a été utilisé avec succès pour lutter contre la méningite au Bénin.

Le vaccin en question, appelé MenAfriVac, a été mis au point au cours des années 2000 dans le cadre d’un partenariat entre l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’organisation PATH, qui développe des thérapies innovantes destinées aux pays du Sud. Il prévient la méningite à méningocoques de type A (ou méningite A), une infection bactérienne de membranes appelées méninges qui entourent le cerveau et la moelle épinière. Cette maladie entraîne une forte mortalité si elle n’est pas correctement traitée, et peut laisser de graves séquelles chez les survivants, telles qu’un retard mental ou une surdité.

Des épidémies de méningite A frappent régulièrement l’Afrique, en particulier dans une région ­surnommée «ceinture de la mé­ningite», qui s’étend du Sénégal à l’ouest jusqu’à l’Ethiopie à l’est. Près de 450 millions de personnes, essentiellement des enfants ou des jeunes adultes, y présentent des risques de contracter la maladie.

«Plus de 150 millions de personnes dans 12 pays ont reçu le vaccin MenAfriVac depuis les premières campagnes menées en 2010, et les résultats obtenus sont très positifs», se félicite la doctoresse Marie-Pierre Préziosi, directrice du Projet Vaccins Méningite, partenariat de l’OMS et de PATH. Une étude menée au Tchad et publiée l’été dernier dans la revue The Lancet a confirmé que le vaccin permettait non seulement de limiter la transmission de bactéries entre personnes contaminées, mais surtout d’éviter la survenue d’épidémies dans les populations vaccinées.

Lors des premières campagnes menées avec MenAfriVac, les personnels de santé s’attachaient à respecter la chaîne du froid. «Comme la majorité des vaccins, l’autori­sation de mise sur le marché du ­MenAfriVac prévoyait qu’il soit conservé entre 2 et 8°C, explique Michel Zaffran, coordonnateur du Programme élargi de vaccination de l’OMS. Des observations nous laissaient penser qu’il pouvait rester stable à plus haute température, mais il restait à le prouver.» Des études cliniques complémentaires ont donc été réalisées en collaboration avec la firme indienne qui fabrique le vaccin. Enfin, en octobre 2012, les autorités réglementaires indiennes et l’OMS ont donné leur accord pour que le MenAfriVac ne soit plus strictement réfrigéré, mais qu’il puisse être conservé jusqu’à quatre jours à température ambiante, sans toutefois dépasser les 40°C ni être exposé directement au soleil.

Les premières vaccinations effectuées selon ce nouveau protocole se sont déroulées en novembre 2012 dans le district rural béninois de Banikoara et elles ont concerné plus de 150 000 personnes. L’étude publiée dans Vaccine rapporte que l’approche s’est avérée sûre et qu’aucun cas de méningite A n’est survenu par la suite parmi les po­pulations vaccinées. Elle témoigne aussi du haut degré de satisfaction des vaccinateurs, dont le travail s’est trouvé nettement facilité. Par ailleurs, une autre étude, publiée cette fois dans le Bulletin de l’OMS, a comparé le coût de la campagne menée au Bénin avec celui d’une autre réalisée au Tchad, avec des vaccins constamment placés au ­réfrigérateur. Résultat, les frais étaient réduits de moitié avec les vaccins pouvant être gardés à température ambiante. «Ces résultats sont très prometteurs pour les campagnes de vaccination qui restent à accomplir avec MenAfriVac, notamment dans les zones désertiques», avance Marie-Pierre Préziosi.

«On soupçonne en fait plusieurs vaccins de résister hors réfrigération, mais les études de stabilité sont rarement effectuées par les fabricants. Il est positif que ces tests aient été réalis és pour MenAfrivac et validés par une expérience de terrain», estime pour sa part Blaise Genton, médecin chef du Service des maladies infectieuses du CHUV à Lausanne. Des essais seraient en cours pour savoir si d’autres vaccins, notamment contre la fièvre jaune et le choléra, restent également efficaces hors du frigo.

MenAfriVac peut être conservé jusqu’à quatre jours à température ambiante