Les glaces de l’Arctique sont l’une des zones les plus touchées par l’accélération du réchauffement climatique. Le facteur principal en cause: le fioul lourd utilisé par les industries de transport maritime. L’Iceland Nature Conservation Association (INCA) et la Clean Arctic Alliance (CAA) se sont réunies le mardi 27 avril 2021 pour dénoncer la pollution aux particules fines des cargos.

Le fioul lourd est un mélange d’hydrocarbures, issu des restes de la distillation du pétrole. Produit de haute viscosité, il est souvent contaminé par du soufre ou de l’azote, qui le rendent plus polluant que les combustibles classiques. Son bas prix en fait cependant un candidat parfait pour l’industrie maritime, qui en consomme plus de 250 millions de tonnes par an.

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Selon les scientifiques de l’INCA et de la CAA, la suie issue du moteur des cargos est une menace pour l’Arctique. L’utilisation de fioul lourd aurait augmenté de 75% dans la région polaire entre 2015 et 2019, d’après une étude de l’International Council on Clean Transportation (ICCT).

Les deux associations demandent l’interdiction sans exception du fioul lourd, qui doit être remplacé par les distillés, moins polluants, en attendant de trouver des méthodes renouvelables et neutres en CO2. Cette solution – qui va à l’encontre du programme décidé en février par l’Organisation maritime internationale (IMO) –, permettrait de diminuer de 30% les concentrations de particules fines émises par les bateaux. L’IMO, quant à elle, souhaite interdire le fioul lourd à partir de 2024, mais avec des exceptions autorisées jusqu’en 2029, ce qui abaisserait les émissions de seulement 5% selon l’ICCT.

Urgence sanitaire et climatique

L’INCA et la CAA réclament donc une «action collective urgente» quelques semaines avant le forum du Conseil de l’Arctique, qui se réunira le 20 mai. En effet, si la pollution n’est pas maîtrisée et que la température moyenne de la Terre augmente de 1,7 degrés, «l’Arctique n’aurait plus de glace durant la période estivale», estime Pam Pearson, directrice de l’International Cryosphere Climate Initiative. Cette fonte libérerait le CO2 capturé dans le permafrost et empirerait encore l’effet de serre.

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De plus, on estime aujourd’hui que 8 millions de personnes meurent chaque année de maladies liées à la pollution. «90% de ces morts peuvent être attribuées à la combustion du fioul lourd, indique Kåre Press-Kristensen, conseiller sur la qualité de l’air et le climat pour Green Transition Denmark. Les cocktails de métaux lourds et de particules fines pouvant atteindre les poumons provoquent des cancers, de l’asthme ou des bronchites.»

D’après une analyse de Green Transition Denmark réalisée pour le Groenland, le coût d’une transition rapide vers les distillés serait d’environ 6 millions de dollars par an pour le pays. Mais les bénéfices annuels apportés par l’amélioration de la qualité de l’air seraient de plus de 10 millions. «Une interdiction du fioul lourd serait donc un investissement favorable pour l’environnement et la santé des habitants des territoires de l’Arctique», conclut Kåre Press-Kristensen.