Biologie

Une carte routière pour le vivant

Des chercheurs proposent un modèle pour représenter l’arbre généalogique de tous les organismes. Celui des mammifères vient d’être mis en ligne sur le nouveau site idoine OneZoom

Quels liens de parenté avons-nous avec les lémuriens volants? Le site web OneZoom* propose ­d’explorer les méandres de l’arbre ­généalogique des mammifères, comme s’il s’agissait d’une carte routière interactive. Les concepteurs – qui comptent un jour étendre leur système de visualisation à l’ensemble des organismes vivants – ont présenté mardi leur travail dans la revue PLoS Biology .

Le premier arbre phylogénétique a été esquissé par Charles Darwin. «C’était une représentation assez visionnaire, relève Michel Chapuisat, du Département d’écologie et évolution de l’Université de Lausanne. Elle était schématique, sans mention du nom des espèces. Par la suite, l’arbre a souvent été représenté de manière biaisée, avec par exemple l’homme tout en haut.» Son collègue, Nicolas Salamin, spécialiste de la phylogénie computationnelle, ajoute: «Depuis les années 2000, beaucoup de chercheurs tentent de reconstruire l’arbre de la vie. Un des problèmes est qu’il existe beaucoup d’incertitudes sur certaines données.» Des projets internationaux, comme l’Open Tree of Life Project, sont toutefois en train d’essayer de regrouper les informations concernant les 1,8 million d’espèces vivantes décrites à ce jour au sein d’une seule structure.

Afficher toutes les ramifications de l’arbre du vivant à partir du vé­nérable ancêtre commun est une mission impossible – à moins de profiter de l’ampleur de l’espace numérique. OneZoom fonctionne selon le même principe que l’application Google Maps. Il permet de zoomer le long des branches et des brindilles jusqu’aux feuilles de l’arbre, qui représentent les espèces. Au fil du parcours apparaissent les différents niveaux de complexité ainsi que des informations sur le degré de menace d’extinction qui pèse sur certains animaux ou des liens sur l’encyclopédie en ligne Wikipedia. «Après des décennies d’études, les scientifiques auront probablement la première esquisse de l’arbre complet d’ici à un an. Ce serait dommage qu’ils n’aient aucun moyen de le visualiser», commente l’un des concepteurs du site, James Rosindell, du Département des sciences de la vie de l’Imperial College de Londres.

La sortie de l’eau, le premier envol… L’arbre de la vie raconte toute l’histoire de l’évolution du vivant. «La recherche biologique en tout genre, y compris l’étude de la santé écologique, du changement environnemental ou des maladies humaines, nécessite toujours plus de savoir comment les espèces sont apparentées», souligne l’Open Tree of Life Project.

Nicolas Salamin estime qu’un outil de visualisation de cet arbre généalogique extrêmement complexe est intéressant pour permettre au grand public de mieux comprendre l’évolution. Il juge toutefois que, d’un point de vue scientifique, cela n’est pas vraiment nécessaire: «Il s’agit d’un angle beaucoup trop large pour les questions que nous nous posons.»

Pour James Rosindell, une vue d’ensemble est au contraire importante pour discerner certains motifs sous-jacents. «Il est par exemple intéressant de voir que certains embranchements ont donné naissance à beaucoup d’espèces et d’autres très peu, ceci dans le même laps de temps. Il n’y a par exemple qu’une poignée d’ovipares parmi les plus de 5 000 espèces de mammifères.» Le chercheur fait valoir que la représentation de l’arbre met en évidence les parties les plus menacées, ou encore les moins bien connues par la science. «Bien sûr, ce genre de choses peut être évalué avec d’autres méthodes. Mais la visualisation permet aux scientifiques de distinguer certains motifs et de se laisser guider par leur intuition.»

* www.onezoom.org

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