L’hominidé découvert en Afrique du Sud pourrait être l’ancêtre de l’homme le plus proche connu à ce jour. Baptisé «Australopithecus sebida», il a un appareil moteur plus proche de l’homo – le genre auquel appartient l’homme actuel – que toutes les sortes d’australopithèques connues jusqu’ici, a indiqué l’Université de Zurich jeudi. Il pourrait donc éclairer une étape jusqu’ici inconnue de l’histoire de l’homme.

Peter Schmid, antropologue zurichois associé aux fouilles, est catégorique: L’«Australopithecus sebida» représente une forme de développement intermédiaire entre les petits hominidés qui vivaient plutôt dans les arbres et les hominidés qui ont commencé à vivre au sol, comme l’homo erectus. Si l’espèce découverte n’est pas un ancêtre direct de l’homo, cela pourrait être un hominidé très proche d’un tel ancêtre. Dans le dernier numéro de la revue «Science», Peter Schmid ainsi que ses collègues sud-africains, australiens et américains, décrivent les deux individus qu’ils ont pu reconstituer à partir des fragments de quatre squelettes trouvés à Malapa au nord de Johannesbourg, près de la ville de Polokwane.

Mieux conservé que Lucy

Il s’agit d’un adolescent et d’une femme. Leurs squelettes sont plus complets et mieux conservés que celui de Lucy (le squelette d’australopithèque presque complet découvert en 1974 en Ethiopie), car ils se trouvaient dans une grotte inaccessible.

Les quelque 180 fossiles trouvés jusqu’ici datent d’environ 1,9 million d’années, contre 3 millions d’années pour ceux de Lucy. Selon les anthropologues, ils ne correspondent à aucune sorte d’hominidé, c’est-à-dire de pré-humains, connue jusqu’ici.

En raison de l’âge et de la morphologie des ossements, les chercheurs l’ont «prudemment» classé parmi les australopithèques. Comme ceux-ci, le sebida a en effet un crâne relativement petit. Sa taille d’environ 1 mètre 30 ainsi que ses forts bras sont aussi typiques. Enfin, son talon et sa cheville sont conçus de telle sorte que le pied puisse se tourner vers l’intérieur, une faculté avantageuse pour grimper aux arbres. Mais son bassin et son crâne rappellent ceux de l’homo erectus.

Il dormait sur les arbres

Le sebida dormait vraisemblablement sur les arbres, par sécurité, selon Peter Schmid. Au sol, il se déplaçait sur ses deux jambes. C’est pourquoi ce nouvel hominidé pourrait être le maillon qui manquait jusqu’ici dans la chaîne de l’évolution entre les derniers australopithèques et les premiers homos.

Selon le directeur de la recherche, le paléoanthropologue Lee Berger, cela montre que le passage de l’australopithèque à l’homo s’est fait par petites étapes. Pour Peter Schmid, la découverte est exceptionnelle. «Il s’agit d’une nouvelle étape-clé dans l’histoire de l’humanité».

Jusqu’ici, les chercheurs ne disposaient que de quelques fossiles des hominidés ayant donné naissance à l’homo. «Une seule petite table suffisait pour les exposer», explique Lee Berger. Le grand nombre d’ossements découverts à Malapa change complètement la donne. Ce d’autant plus que les fouilles ne sont pas terminées.

Découvert par un enfant

On connaissait jusqu’ici les australopithèques africanus, afarensis ou encore garhi. Ces hominidés sont apparus il y a 4 millions d’années et ont disparu il y a environ 1,5 million d’années. Ils n’ont vécu que sur le continent africain.