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Une plage jonchée de déchets à Bali, le 13 avril 2018.
© Mahendra Moonstar/Anadolu Agency/Getty Images

éditorial

Une enzyme pour digérer le plastique? Une fausse bonne idée

ÉDITORIAL. Il faut cesser de nous voiler la face: les nouvelles technologies censées nettoyer la nature de la pollution plastique ne sont pas la solution. L’unique sortie? Une remise en question honnête et complète de nos comportements face à ce matériau

Hercule a-t-il nettoyé les écuries d’Augias avec un coton-tige? Non, l’effort eût été vain. Louable mais dérisoire, tout comme l’idée que l’on va un jour nettoyer la nature des déchets de plastique qui l’étouffent.

La découverte cette semaine par une équipe américano-britannique d’une enzyme bactérienne capable de digérer le plastique a suscité un intérêt certain auprès du public. La promesse de régler l’une des pires crises environnementales à venir à l’aide d’une simple bactérie a de quoi séduire.

On imagine déjà une flotte de drones se dirigeant vers les cinq océans, saupoudrant un peu d’enzyme sur les continents de plastique qui les polluent. Les bactéries vont grignoter tout ça et hop! mission accomplie, on trinque tous dans des bouteilles en PET, merci et au revoir.

Lire aussi: Par hasard, des chercheurs créent une enzyme qui mange le plastique

Désolé d'endosser une fois de plus le costume du rabat-joie de service. Non, une telle découverte n’a rien de réjouissant. La PETase, l’enzyme mise en évidence en 2016 dans une bactérie vivant dans une décharge, digérait un film de PET d’environ 2 cm de côté en six semaines, dans des conditions idéales de laboratoire. La version modifiée, produite par des manipulations biochimiques et présentée cette semaine, travaille 20% plus rapidement.

Il reste certes de quoi améliorer encore son efficacité. Mais le processus, bien qu’intéressant sur le plan biologique, restera lent. La nature travaille à un rythme souvent incompatible avec la frénésie consumériste des êtres humains.

Un million de bouteilles par minute

Chaque minute en effet, un million de bouteilles en PET sont vendues dans le monde. Moins de 15% sont recyclées. Dans les années 1960, la production mondiale de plastiques s’élevait à 15 millions de tonnes par année. Elle est aujourd’hui de 380 millions de tonnes et se poursuit à un effrayant rythme exponentiel.

La Suisse a beau disposer d’une bonne filière de revalorisation du PET, elle ne brille pas particulièrement en la matière: seulement 10% de nos plastiques sont recyclés (la moitié étant du PET), et nous sommes en Europe le deuxième pays générateur de déchets avec 730 kg par an et par habitant, dont une majorité sont en plastique.

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Soyons honnêtes et reconnaissons qu’il serait aussi vain que vaniteux de penser pouvoir contrebalancer les huit millions de tonnes de plastique que nous jetons à l’eau chaque année. Compte tenu de ce contexte, la découverte de cette enzyme est plutôt une mauvaise nouvelle. Elle risque de faire croire, à tort, qu’il est possible de continuer à consommer du plastique au rythme actuel, puisque des inventions vont toujours nous sauver la mise.

On peut se bercer d’illusions en espérant qu’une enzyme, un bateau éboueur, des barrages géants ou toute autre technologie nous débarrasseront rapidement de cette pollution. Ou bien remettre en question nos habitudes et nos modèles de production industriels afin de véritablement réduire l’emprise de ce cadeau empoisonné sur notre planète.

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