Pour sa cinquième édition qui s'ouvre demain, l'Internet Expo de Zurich (IEX) a rempli les sept halles de la Messe. Plus de 560 exposants pour 17 000 m2. Tous les acteurs importants du pays se doivent désormais de tenir un stand durant les trois jours de l'exposition. Chaque domaine a son espace réservé: les halles 1 et 2 pour les «Business Internet Services» (les fournisseurs d'accès, le Net mobile, etc.), les halles 3, 4 et 5 pour l'infrastructure et les logiciels, les réseaux et leur sécurisation aux halles 5 et 6 et les agences liées au Web au 7.

Une première pour cette manifestation qui s'est imposée comme la plus importante de Suisse dans son domaine: Internet tel qu'il peut améliorer la productivité des entreprises et rapporter de l'argent. Outre cette multitude de stands, 87 conférences payantes se tiendront lors de l'IEX sur des thèmes qui vont de l'état des lieux du commerce électronique en Suisse aux conseils de Web designers pour présenter son site de manière à réaliser de meilleures ventes. Car si l'exposition «offre Internet de A à Z», comme le souligne son codirecteur, Giancarlo Palmisani dans l'interview qu'il nous a accordé (lire en page 4), elle reste une foire professionnelle, tient à préciser ce dernier. Son alphabet se résume donc aux lettres que les entreprises et les businessmen utilisent quotidiennement. La grande manifestation qui célébrerait le Réseau dans sa dimension non commerciale reste à inventer en Suisse.

Pour les exposants, les règles du jeu sont donc claires. Ils ne viennent pas à Zurich pour rencontrer le grand public mais des professionnels qui travaillent dans le même secteur qu'eux et avec qui ils sont susceptibles de faire affaire. Philippe Roditi, codirecteur de VTX, fournisseur d'accès et de services basé à Pully: «Si nous sommes bien implantés en Suisse romande, la Suisse alémanique a toujours été notre point faible. Nous y sommes trop mal connus. Nous avons racheté récemment une entreprise saint-galloise active dans le B-to-B dans l'espoir de mieux nous y implanter. Etre présent à l'IEX est donc essentiel pour nous. Beaucoup plus réduite qu'Orbit, elle permet au visiteur d'en faire le tour facilement. L'IEX est à la fois petite et ciblée.»

Mais les exposants ne se déplacent évidemment pas uniquement pour serrer des mains. Ils espèrent également signer des contrats. «En ce qui concerne les produits liés au commerce électroniques que nous venons présenter, nous imaginons prendre des contacts seulement. Mais pour nos nouvelles offres ADSL, nous signerons des contrats qui couvriront, si tout va bien, nos frais d'exposition», détaille Philippe Roditi. Cette édition 2001 reste assez pauvre en grandes nouveautés. Il est cependant possible de dégager deux grands thèmes qui semblent préoccuper les industriels et les entreprises de services liées au Net: le commerce mobile et le «content management».

Le commerce mobile, ou m-business, est la déclinaison mobile du commerce électronique. Accéder au Web via son téléphone portable pour y effectuer ses achats. L'espoir des professionnels de voir ce secteur générer des revenus substantiels a survécu à l'introduction mitigée de la technologie Wap sur le marché européen, à l'automne 1999. C'est que l'Imode japonais, basé sur les mêmes principes, a rencontré, lui, un franc succès avec 20 millions d'utilisateurs. NTT Docomo, le consortium responsable de ce succès dans l'archipel, s'apprête d'ailleurs à lancer ce produit en Europe cet automne. Compaq estime que le m-business, qui opère selon lui à la fusion des abonnés aux services de téléphonie mobile avec les internautes, peut atteindre une taille de 1 milliard d'utilisateurs en 2005. Compaq est d'ailleurs l'un des deux exposants zurichois, avec Siemens, à prétendre être «la seule entreprise capable d'apporter une solution «End to end» dans ce secteur: de l'accès au Web via le téléphone portable, grâce à un accord avec Diax qui a récemment introduit la technologie GPRS, à l'infrastructure nécessaire à la gestion de ces opérations.

Toujours dans le commerce mobile, Elca informatique vient présenter le résultat d'une expérience qu'elle a menée avec les CFF l'été passé. Un échantillon de 1000 personnes a voyagé pendant un mois sans billet traditionnel. C'est leur portable qui faisait office de titre de transport. Ou plutôt un message SMS qui justifiait auprès du contrôleur qu'ils avaient bien payé leur trajet. L'expérience a été jugée concluante et les CFF devraient l'étendre au grand public cette année. «Nous pouvons appliquer les mêmes solutions pour l'achat de tickets de concert ou de cinéma, souligne Daniel Biemann, responsable de la division e-commerce chez Elca. Nous travaillons aujourd'hui au développement de services liés à la localisation des personnes. Donner uniquement les horaires des trains qui partent de Genève à un voyageur qui se trouve dans la région, par exemple.»

Elca présente également une nouveauté dans l'autre grand domaine qui semble préoccuper exposants et visiteurs: le «content management», autrement dit la gestion du contenu que présente un site. Elca a intégré deux outils (Documentum et Broadvision) performants respectivement dans la création de contenu et la personnalisation par profil. Une première. «Mettre du contenu sur son site est une chose, mais le contexte du commerce électronique a changé la donne, avance Ralph Clappert de chez Elca. L'archivage, par exemple, a pris une grande importance. En cas de litige, il faut pouvoir prouver quelle était l'offre d'origine. Nous observons donc une évolution chez nos clients qui commencent à libérer des crédits pour des systèmes qui gèrent l'ensemble du cycle du contenu.»

Toutes les entreprises ne viennent pas à Zurich avec des produits. Pour certaines, il s'agit simplement de se présenter. Sunrise fera sa première apparition publique suite à sa fusion avec Diax. C'est donc le «lever de soleil» qui l'a emporté sur un nom jugé trop «technologique». «Nos produits sont déjà très technologiques, explique Monika Walser, porte-parole de Sunrise, Nous ne voulions pas en rajouter. Sunrise nous semble avoir un potentiel émotionnel plus important.» Les stands des deux entreprises vont fusionner, eux aussi, à la Messe, pour former l'un des plus grands espaces de l'IEX. Autre changement nominal: Aseantic, entreprise basée à Bienne, devient Adcore grâce à son rachat par la société suédoise du même nom. «Si nous n'avions pas changé de nom, nous ne serions certainement pas devenus partenaires de cette édition», admet Carmen Daetwyler, porte-parole d'Adcore.