L’île d’Hispaniola en général et Haïti en particulier sont frappés par des séismes majeurs entre une et deux fois par siècle. Des tremblements de terre ont ainsi détruit Port au Prince en 1751 et 1771, puis Cap Haïtien en 1842, et ils ont causé des dégâts majeurs à Cap-Haïtien et Port-de-Paix en 1887 et 1904, puis dans le nord-est de la République dominicaine en 1946. Ils sont aussi directement responsables de l’escarpement topographique sur laquelle est construite la capitale.

Haïti doit cette vulnérabilité à sa position à la frontière de deux plaques tectoniques, la plaque caraïbe et la plaque nord-américaine, qui se déplacent l’une par rapport à l’autre à une vitesse d’environ 2 cm par an. Ce mouvement s’opère le long de deux failles, bien identifiées. La première court sous la mer, le long de la côte nord du pays, dans une direction est-ouest. La seconde s’étend «à terre», dans le sud du pays, de la péninsule de Tiburon à la vallée dominicaine d’Enriquillo en passant par Port-au-Prince.

Le mécanisme est bien connu. Sur cette faille dite «de décrochement», où les plaques tendent à glisser l’une contre l’autre à l’horizontale, le terrain oppose dans un premier temps de la résistance au mouvement. Mais il accumule de ce fait une énergie élastique qui se libère une à deux fois par siècle et provoque alors des tremblements de terre capables d’atteindre des magnitudes de 7,5 sur l’échelle ouverte de Richter graduée de 0 à 9. C’est ce qui explique le séisme de magnitude 7 survenu mardi en fin d’après-midi et la trentaine de répliques qui ont suivi. Des répliques parfois très puissantes également puisque la première a atteint une magnitude de 5,9.

Ces secousses sont susceptibles de provoquer localement, dans de brefs délais, différents autres problèmes géologiques: la liquéfaction du sol dans les bas-quartiers saturés d’eau de la capitale, des glissements de terrain sur les pentes des montagnes, voire un tsunami dans les régions côtières. Ce dernier risque, pris très au sérieux dans les Caraïbes au cours des premières heures qui ont suivi le séisme, ne s’est finalement pas concrétisé.

Un tel tremblement de terre est d’autant plus redoutable qu’il touche une population particulièrement vulnérable. Vulnérable parce que très nombreuse: les quatre principales communes du Département de l’Ouest, Port-au-Prince, Pétion-Ville, Delmas et Carrefour, comptent près de 2,5 millions d’habitants sur une superficie de moins de 420 km2, soit une densité de 5355 personnes au km2. Vulnérable parce que très mal préparée: la majeure partie des logements sont bâtis de manière totalement incontrôlée, les constructions en béton armé ne répondent à aucune règle parasismique, et les institutions de défense, de protection civile et de santé publique souffrent d’un grave manque de préparation.

(L’essentiel des informations notées ci-dessus sont tirées d’«Aléa et risque sismique en Haïti», de Claude Prépetit, ingénieur et conseiller technique au Bureau des Mines et de l’Energie à Port-au-Prince.)