Qu’est-ce qui fait qu’un couple se déchire? Vaste question, à laquelle tentent de répondre les sociologues depuis des décennies. Deux chercheurs ont récemment apporté de l’eau au moulin en publiant une étude très sérieuse dans la revue The Economic Journal. Selon leurs travaux, les parents qui ont une fille auraient plus de risques de se séparer que ceux ayant eu un garçon. Mais la différence n’est marquante qu’à l’adolescence.

Lire l’article original: Parents of daughters are more likely to divorce than those with sons

Leur article, paru au début de l’année, vient d’être chroniqué par le journal britannique The Economist. Jan Kabatek (Université de Melbourne) et David Ribar (université de Géorgie, aux Etat-Unis) ont compilé les statistiques américaines et néerlandaises sur la structure des familles et le nombre de divorces. Ils ont découvert que le fait d’avoir une fille menait plus souvent les parents au divorce, comme l’avaient déjà suggéré des études précédentes.

Entre 13 et 18 ans

Pour quelle raison? Une hypothèse veut que ce soit en raison de préférences culturelles, qui donnent la priorité aux héritiers plutôt qu’aux héritières. Avoir une fille serait ainsi considéré comme une malchance par le père, et le couple serait affecté. Une explication erronée, affirme Jan Kabatek, qui précise que «si les pères étaient vraiment plus enclins à se séparer parce qu’ils préfèrent avoir un fils, ils n’attendraient pas que l’enfant ait 13 ans pour le faire».

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Or, ce n’est qu’à l’adolescence que les courbes divergent. Aux Pays-Bas, par exemple, parmi 3 millions de couples mariés entre 1971 et 2015, ceux ayant un enfant entre 13 et 18 ans ont 5% de risques de plus de divorcer s’il s’agit d’une fille plutôt que d’un garçon. L’année de ses 15 ans, cette probabilité augmente même jusqu’à 9%. Les chercheurs ont vérifié leur hypothèse sur des données démographiques américaines datant des années 1980 et 90. Ils ont observé la même tendance: les divorces sont plus nombreux lorsque le premier enfant est une fille qui atteint l’adolescence.

Plus de disputes

Dans ce contexte, une autre explication se dessine: les parents se querelleraient davantage au sujet de l’éducation de leur adolescente qu’au sujet de celle de leur adolescent. Parmi les sujets de discorde mentionnés par The Economist se trouve la manière dont leur fille s’habille, qui elle fréquente et où elle travaille.

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Il y a cependant une exception: les pères qui ont été élevés avec une ou des sœurs semblent moins intervenir dans les choix de leur fille, et moins être en désaccord avec leur conjointe. Dans ces familles-là, il y a autant de divorces que dans celles qui ont eu un ou des garçons.

La tendance est-elle la même en Suisse? Impossible de le savoir, car l’Office fédéral de la statistique ne dispose pas de chiffres sur le sujet: la loi ne lui permet pas de connaître le sexe de l’enfant au moment du divorce des parents.